Miang-Fong, vie et oeuvre du précurseur au Tibet (Page 2)

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-« Voilà qui importe peu si l'on veut chercher et trouver le Plus-Haut-de-tous. »

Puis, installé, comme à l'accoutumée, sur les genoux de Uru, il demanda :

-« Pouvez-vous me conseiller sur le Chemin à prendre pour arriver au plus vite à mon But ?»

-« Nous pouvons T'aider jusqu'à ton prochain point d'arrêt, Miang. Nous ne pouvons rien faire au-delà, mais cela, nous le ferons. Reviens ici ce soir, alors Uru Te portera par-dessus les vallées jusqu'au sommet blanc, là-bas. Voilà qui T'évitera des pénibles ascensions et de fatigants chemins. Là-bas, où Tu seras remis sur Tes pieds, Tu trouveras un logis. Il est habité par un vieux Sage, qui T'accueillera. Nous pouvons T'aider une seule fois à éviter les difficultés de la montagne. Tout le reste, Tu dois le vaincre Toi-même. »

- « En serai-je capable ? », demanda, avec inquiétude, le garçon.

Le grand sérieux de son ami le géant avait quelque peu diminué sa rayonnante envie d'aller plus loin.

- « Tu réussiras si Tu ne quittes jamais Ton But de trouver le Plus-Haut. Alors, Tu auras toujours de l'Aide sur Tes chemins ! »

Le soir venu, Miang retrouva ses amis. Il était habillé comme à l'accoutumée. Rien ne décelait la préparation d'une grande expédition, sauf le sac à provisions un peu plus rempli.

-« N'as-tu pas un habit plus chaud et plus solide, petit bonhomme ? », demanda avec Bonté Uru. « Tu vas geler, car là-haut tout est glacé. »

-« Non, je n'ai rien de meilleur », dit le garçon avec un léger regret, « j'ai prié Wun de me donner une fourrure de mon père, mais il s'est moqué de moi. »

Les géants le regardèrent un instant, puis Muru se déclara d'accord et ordonna :

-« Repose-toi ici un court instant, jusqu'au moment où il faudra te porter plus loin. Dors, Miang, dors ! »

En même temps, une main géante se posa doucement sur le garçon, qui se serra en confiance contre elle et qui, aussitôt, s'endormit.

Puis Uru détacha une puissante masse de pierres et la fit glisser avec précision dans la vallée. Elle atteignit les « taupinières », qui, jusqu'alors, étaient la patrie de Miang.

Muru lança un appel. Aussitôt, un être minuscule, à peine aussi grand que la moitié du garçon, se tint devant lui pour recevoir ses ordres. Peu après, cet être disparut, puis revint. Il guidait attentivement la plus belle des chèvres, Fu-Fu la courageuse, et sur son dos était attaché un ballot de fourrures.

A présent, Muru enleva la main qui recouvrait le garçon et réveilla celui-ci :

-« Miang, le temps de Ton pèlerinage est arrivé, mais Tu ne dois pas t'en aller sans aucun équipement. Prends la chèvre et les fourrures comme salut de tes grands amis, mais aussi comme preuve de la manière dont le Plus-Haut veille sur ceux qui entrent à Son Service. »

Miang qui, avec ravissement, venait de saluer Fu-Fu, dont l'absence lui avait paru presque insurmontable, laissa la chèvre et se tourna brusquement vers le géant :

- « Muru, est-ce ainsi que le Plus-Haut veut me faciliter le Chemin vers Lui ? Veut-Il m'accepter comme Serviteur, moi, Miang, qui ne sait pas même un petit brin de Lui ?»

Muru acquiesça fermement, mais alors l'émotion vainquit le garçon :

-« Ô Toi, le Plus-Haut-de-tous, Que je sens et pressens, laisse-moi Te trouver pour que je Te serve avec tout mon être et Te remercie pour Ta Bonté imméritée ! »

La séparation fut rapide. Uru saisit le garçon, se redressa et tendit son bras puissant au loin. Là où ses doigts touchèrent les rochers, Miang fut saisi par une main géante étrangère.

Puis il se vit entre la neige et la glace d'un sauvage paysage de montagne. Des sommets inconnus le menaçaient depuis leurs hauteurs et il faisait froid. Il frémit et oublia presque d'envoyer son remerciement dans les airs. Et voilà que Fu-Fu aussi se trouva près de lui, tremblante de froid. Miang regarda le ciel. Le matin était proche.

-« Attends, petite Fu-Fu, que la roue de feu apparaisse ! Elle nous réchauffera et nous verrons la suite de notre chemin. »

Il consola ainsi sa compagne et, serrés l'un contre l'autre, tous deux attendirent le Soleil. Et il vint. Jamais encore Miang ne l'avait vu ainsi, si beau, si majestueux. Tout lui semblait être recouvert d'or et même les menaçants sommets avaient l'air moins terribles. Le garçon contempla longtemps le paysage et beaucoup de pensées s'éveillèrent en lui. Entre temps, Fu-Fu avait cherché un peu d'herbe pour calmer sa faim. Elle se serra contre son petit maître et l'invita ainsi à boire.

Mais alors Miang crut entendre une Voix précise lui disant :

-« Miang, il est temps de Te mettre en route. Marche vers la Lumière ! »

Regardant autour de lui, Miang ne découvrit rien qui aurait pu lui parler. Mais il avait nettement entendu les paroles et cela suffisait. Il dirigea ses pas vers le soleil pour traverser la neige, la glace et les éboulis rocheux ; il lui semblait qu'un rayon de soleil doré s'étendait en tremblant par-dessus ce désert glacé comme un mince ruban et il décida de le suivre aussi longtemps qu'il pouvait le voir.

Il lui fallait surveiller ses pas. La marche dans de telles hauteurs lui était étrangère et plus d'une fois Fu-Fu sauta près de lui pour le repousser du bord d'un précipice, dans lequel, sans elle, il serait tombé. Il glissa souvent, mais, à chaque fois, se rétablit rapidement. Il ne se soucia d'aucune douleur et ses pensées tendaient sans cesse vers le but : trouver le Plus-Haut.

Près de l'endroit où il s'arrêta pour un court repos, toujours serré contre sa chèvre, se tenait un homme à genoux. Ses cheveux étaient blancs et son dos voûté. Ses mains tremblantes recouvraient son visage et de sa bouche sortaient les paroles d'une prière :

-« Ô Toi, Tout-Puissant ! Accorde-moi de Te servir, ainsi que Tu me l'as promis. Voilà que Ton serviteur est devenu vieux et faible dans son enveloppe terrestre. Les jours passent, mais le garçon béni n'arrive pas. Ne me rappelle pas d'ici avant que, en vérité, je ne T'aie servi. »

Voilà qu'il lève la tête. Des pas s'approchent dans les éboulis.

-« Ô Toi, le Plus-Grand, serait-ce là la réponse à ma Prière ? »

Il se releva aussi vite que possible et fit quelques pas. Le soleil l'illumina et ce fut presque trop clair pour ses yeux fatigués et davantage habitués à l'ombre ; au milieu de cette lumière marchait un garçon accompagné d'une chèvre. C'était là le signe de reconnaissance promis :

-« Il viendra vers Toi dans la lumière du soleil, mais il sera accompagné par sa nourriture. »

Le garçon marchait avec confiance, observant attentivement le sol, sans voir le vieillard qui se confondait avec sa demeure enserrée entre les rochers.

Subitement, la chèvre s'arrêta et empêcha son compagnon de continuer sa route. Celui-ci regarda enfin autour de lui et aperçut le vieil homme. Il poussa un cri de Joie. L'ermite s'était, entre temps, ressaisi, mais il ne lui était pas permis d'exprimer sa Joie.

-« Qui es-Tu, étranger, Toi qui viens dans ce désert pour y troubler la tranquillité de mon âge ?»

-« Je suis un garçon et l'on me nomme Miang. Je viens de loin pour que tu me parles du Plus-Haut. Maître, je veux te servir jusqu'à ce que j'aie trouvé le Tout-Puissant et sois accepté par Lui comme Serviteur. Reçois nous, Fu-Fu et moi-même, avec Bonté et enseigne-moi, car je suis très ignorant. »

A présent il se tenait devant le vieillard, tête baissée. Pendant un court moment la main du vieillard se posa sur lui. Comme il était encore petit et jeune !

-« Entre donc, Miang, avec ta chèvre ! C'est étroit et sombre chez moi, je suis pauvre, mais je peux te parler du Plus-Haut. »

Le garçon et la chèvre entrèrent dans la chaleur de cette demeure, une véritable caverne. Puis le maître et son hôte s'assirent sur un tas de peaux, tandis que la chèvre se couchait à leurs pieds. Le vieux alla chercher un peu de pain dur et une cruche avec un reste d'eau. II pria le garçon de partager son maigre repas et voulut commencer à manger. Rapidement, Miang ouvrit son sac et posa un morceau de viande sèche et un peu de pain plus tendre devant le vieil homme.

-« Laisse-moi manger le pain dur et prends celui-ci, Maître ! Si tu as encore un récipient je pourrai te donner du lait de Fu-Fu. Elle veut te remercier pour la chaleur. »

Entre temps, il avait découvert une petite cruche et rapidement il la remplit de lait chaud et parfumé. Le vieux but avidement. Grâce à cette boisson inhabituelle pour lui une nouvelle vie semblait parcourir ses membres.

-« Tout-Puissant, je Te remercie », s'écria-t-il plein de Joie. « Et toi aussi, mon garçon, je te remercie. Avant que tu viennes, j'étais fatigué à en mourir, le lait m'a merveilleusement revigoré. »

- « Ce lait ne doit pas te manquer, aussi longtemps que Fu-Fu est en vie », dit Miang, pour le rassurer en caressant doucement la chèvre.

Sur ce, il lui fallut raconter d'où il venait et l'étonnement du vieil homme fut immense lorsqu'il apprit de quelle manière le garçon avait été conduit vers lui.

-« Peux-Tu vraiment voir les géants et leur parler ?» demanda-t-il

-« Ils m'ont parlé de toi. Comment aurai-je pu te trouver autrement ? »

-« Et que feras-tu lorsque je t'aurai enseigné tout ce que je sais moi-même ? »

Le vieux exigea une réponse, qu'il voulait entendre en confirmation de ce qu'il savait déjà.

-« Lorsque tu m'auras dit tout ce dont j'ai besoin pour trouver le Chemin vers le Plus-Haut-de-tous, alors, Maître, j'irai chez Lui pour Le servir. »

- « Reste donc chez moi. »

Cette invitation ne fut pas faite avec une Joie sans mélange. L'ermite avait trop longtemps vécu dans la solitude et il n'avait aucunement besoin de changer ses habitudes, mais l'arrivée du garçon n'était-elle pas l'accomplissement de son ardente prière ? Chaque fois qu'il pensait ainsi, au cours des mois qui suivirent, il reprenait avec chaleur son enseignement, qui, parfois, s'était, pour un temps, interrompu.

Miang ne s'en préoccupait nullement. Lorsque son Maître voulait communiquer, il absorbait la connaissance en une joyeuse ardeur, pour ensuite l'approfondir au cours des périodes silencieuses. Il lui fallait lui-même résoudre les questions éventuelles ou les remettre à plus tard. Le vieux n'aimait pas du tout être accablé de questions. Il donnait tel que cela coulait de son âme. Si on l'en distrayait, il pouvait se fâcher et alors le silence devenait lourd. Le mieux était alors de le laisser seul. En de telles occasions, Miang entreprit des excursions dans les montagnes pour chercher de la nourriture.

Le pain que les bergers offraient contre une aide accordée était rare, de sorte qu'il ne suffisait pas toujours pour satisfaire les minces besoins du vieux.

Alors Miang fit comme Fu-Fu, il mangea des herbes. De temps en temps, il rencontrait un berger qui cherchait des bêtes égarées. Il pouvait l'aider et recevait en retour quelques aliments. Cela était maigre, mais le petit grandissait néanmoins, car il était tellement pris par ces nouvelles connaissances qu'il ne ressentait aucun manque. Ainsi passait le temps. Les deux ermites le remarquèrent au fait que Miang devait maintenant se baisser pour entrer dans la caverne. Et un jour, le vieux lui dit :

-« Je ne peux plus rien T'apprendre, mon garçon. Il est temps pour toi de chercher d'autres Maîtres. Mais avant que tu me quittes, je veux te dire pourquoi je t'ai accueilli. Je ne savais pas grand-chose sur le Plus-Haut-de-tous, lorsqu'un grave destin m'a poussé dans cette solitude, mais je L'ai remercié de tout coeur pour ce refuge et L'ai prié de me montrer comment je pouvais Le servir. J'ai entendu une Voix qui me disait d'écouter en mon for intérieur et d'attendre. Je l'ai fait durant un très long temps. La connaissance du Tout-Puissant et des Ses Œuvres devint toujours plus claire en moi. Au début, je pensais que tout le Savoir du Plus-Haut était en moi-même et que je n'avais qu'à creuser.

Puis, je remarquais qu'à chacune de mes recherches, une voix secourable me répondait. C'est à elle que je dois tout ce que je sais et c'est aussi elle qui m'a annoncé ta venue. Elle m'a dit que tu étais destiné à devenir un serviteur actif du Tout-Puissant. Lorsque je t'aurai enseigné et montré le Chemin, j'aurai accompli mon devoir. Elle m'a dit que je te reconnaîtrai au fait que tu serais accompagné d'une chèvre. Il me fut encore donné un autre signe, mais il est spirituel. Tu vins, le signe à ton front, la chèvre à ton côté et tu restas chez moi. Mais cette nuit, la voix m'a annoncé que le jour est venu où tu dois aller plus loin. Mets-Toi donc en chemin, Miang !»

A aucun moment le garçon n'eut l'idée de demander vers où il devait présentement diriger ses pas. Son Seigneur Tout-Puissant, qui l'avait conduit jusqu'ici, l'aiderait à aller plus loin.

- « Sois donc heureux, Maître ! Laisse-moi te remercier pour tout ce que tu as fait pour moi. Je souhaite pouvoir te prouver ma reconnaissance mieux que par mes seules paroles ! »

- « Laisse-moi la chèvre, son lait me manquerait. »

Le vieux avait rapidement parlé, sans se rendre compte qu'il privait ainsi Miang de son unique amie. Tout aussi rapidement, le jeune prit congé. Il caressa encore une fois FuFu, moins agile qu'autrefois, mais qui lui était devenue toujours plus chère. Puis, il partit.

La marche fut très difficile par-dessus les éboulis et les rochers. Il est vrai qu'entre temps Miang s'était habitué à l'escalade dans cette région inhospitalière, mais alors il n'avait toujours fait que des petits trajets, sachant qu'il pouvait faire demi-tour et retrouver son abri. A présent, il était en route vers un but qu'il ne connaissait pas. Mais à aucun moment il ne perdit la joyeuse confiance dans le Tout-Puissant, qui jusqu'à présent l'avait aidé et guiderait aussi ses pas vers l'avenir.

Un jour, s'accordant un moment de repos pour respirer profondément, il examina le paysage autour de lui.

Voilà qu'il aperçut un géant adossé aux rochers. Bien qu'il soit souvent passé à cet endroit, il ne l'avait jamais vu. Il alla vers lui sans crainte et le salua. Son aspect n'éveilla aucune peur, seulement une joyeuse confiance.

-« Enfin », répondit le grand, « Tes yeux se sont ouverts. Tu as souvent grimpé par-dessus moi et j'aurais pu facilement t'empoigner. »

- « Donc, Tu étais toujours là, comme Uru et Muru et je n'ai pas pu te voir », s'écria précipitamment Miang.

- « Que sais-tu donc de mes frères de l'autre côté ?»

-« Oh ! Je les connais bien. Ils étaient tellement gentils envers moi. Ils m'ont aidé à prendre le Chemin que je dois suivre. Toi aussi, m'aideras-tu si le Tout-Puissant le veut ?»

-« Il n'y a là aucun problème. Ce que le Tout-Puissant veut sera fait ! C'est donc probable que je devrai t'aider, mais je ne le sais pas encore. J'attends un garçon accompagné d'une chèvre. »

-« C'est moi! », s'écria Miang à haute voix, en ressentant le profond bonheur d'être guidé par son Seigneur.

-« Je vois bien le garçon, mais où est la chèvre ?»

- « Elle est restée chez mon ancien Maître. »

-« Je ne comprends pas. Raconte !»

Et Miang se mit à raconter sa vie et tout ce qu'elle lui avait apporté au cours de ses courtes années. Le géant lui prêta une oreille attentive.

-« Tu veux donc servir le Plus-Haut ? », demanda gravement le géant. « J'ai comme mission de t'aider un bout de chemin. Reste chez moi. Lorsque le disque de feu, qui, à présent, nous a quittés, de nouveau, nous saluera, alors je te réveillerai. »