Un Voyageur au Pays des Esprits (Page 1) -----------

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Avant-propos

Le médium, auquel fut dicté écrit : "Ce récit me fut si rapidement dicté par son auteur que j'avais souvent grand peine à le suivre et à transcrire sa dictée. Mais j'étais empressé de reproduire aussi soigneusement et fidèlement que possible ce qui m'était inspiré".

"À tous ceux qui sont encore dans l'incertitude et le doute de ce qui les attend après cette vie, je dédie ces "voyages au pays des esprits". Je le fais dans l'espoir que quelque lecteur qui, comme moi, a beaucoup péché, sera incité, par mes expériences, à cesser sa vie coupable."

"Je voudrais, de plus, faire remarquer que les "Voyageurs du pays des esprits" viennent volontiers pour instruire les êtres humains de la Terre et que la mission leur est souvent confiée d'avertir du destin qui les attend dans l'Au-delà telle ou telle personne qui, sur Terre, enfreint les Lois de Dieu."

"Par cet invisible processus est ouverte aux êtres humains une porte par laquelle pénètre peu à peu un Flot de Lumière dans l'obscurité du monde de la Terre; pendant que l'occasion est donnée aux habitants du monde des esprits de parler à leurs frères terrestres en enseignant et en avertissant."

Le Voyageur au Pays des Esprits a été écrit par médiumnité. Les descriptions sont ainsi nées sur la voie subjective, mais les expériences faites coïncident fréquemment avec des observations objectives faites par d'autres personnes.

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Je suis allé en pèlerinage dans un pays lointain, à travers des régions qui, chez vous, sur Terre, n'ont ni nom, ni espace. Je désire maintenant mettre par écrit les étapes de mes voyages, afin que ceux qui ont pris la même direction de marche que moi puissent savoir ce qui les attend à l'intérieur de ces frontières.

Dans mon existence terrestre, je vivais comme tous ceux qui ne font que s'épuiser à se procurer au plus haut degré les jouissances du monde. Si je n'étais pas désobligeant envers ceux que j'aimais, cela se passait cependant, toujours, avec le sentiment qu'ils devaient être utiles à me satisfaire et que, par mes cadeaux et mon penchant pour eux, je pouvais leur acheter l'amour et les hommages qui m'étaient nécessaires dans ma vie.

Lorsque je croyais enfin avoir tout appris de ce que l'amour peut enseigner, et tout connaître de ce qu'une femme peut donner, il advint alors que je fis la rencontre d'une dame. Ah! Comment dois-je la nommer? A mes yeux, elle était plus qu'une femme mortelle et je l'appelai "le bon ange de ma vie".

Je tombai à ses pieds dès les premiers instants, en lui consacrant tout l'amour de mon âme, de mon moi le plus élevé. En égard de ce qu'il aurait dû être, mon amour était égoïste. Mais il était tout ce que j'avais à donner et je le donnai sans réserve. Pour la première fois de ma vie, je pensais plus à une autre personne qu'à moi-même. Si je ne fus plus en état de me hausser jusqu'au degré de pureté des pensées et idées qui remplissaient son âme, je remercie Dieu par contre de n'avoir jamais cédé à la tentation de la rabaisser jusqu'à moi.

Dès lors, je m'efforçai seulement de jouir de la félicité que sa présence m'accordait. Puis, soudain, surgit pour moi, comme un voleur dans la nuit, le jour épouvantable où, sans avertissement et sans avoir encore pu voir clair en mon état d'âme, je fus d'une manière inattendue enlevé à la vie, pour sombrer dans la mort du corps qui nous attend tous.

Je ne savais pas que j'étais mort! Après quelques heures de souffrances et d'agonie, j'avais sombré dans un profond sommeil sans rêve, et à mon réveil, j'étais seul et dans une totale obscurité. Je pouvais me lever, me mouvoir et sûrement je me sentais mieux. Mais où étais-je? Pourquoi cette obscurité? Je me levai et tâtai autour de moi comme quelqu'un dans un local sombre, mais je ne trouvai aucune lumière, n'entendis aucun son. Il n'y avait là rien d'autre que le silence, l'obscurité de la mort.

Qu'aurais-je donné pour une lumière maintenant, pour n'importe quoi qui aurait pu me parler, même si cela dût être la pire chose! Personne ne viendrait-il jamais? Et mon ange de lumière, où était-elle? Avant mon sommeil, elle était restée auprès de moi. Où se trouvait-elle maintenant? Mon front brûlait de fièvre et ma tête semblait vouloir éclater. Violemment, je l'appelai par son nom, lui demandai de venir à moi, ne serait-ce qu'une seule et dernière fois! J'avais l'épouvantable sentiment de l'avoir perdue et l'appelai comme un fou. Alors, pour la première fois, ma voix retentit et revint en écho à travers cette cruelle obscurité.

Très loin devant moi se distingua un faible éclat de lumière, comme une étoile. Elle devint de plus en plus grande et se rapprocha toujours plus, jusqu'à finalement paraître devant moi, comme une grande lumière de la forme d'une étoile. Dans cette étoile, je vis ma bien-aimée. Ses yeux étaient clos, comme dans le sommeil, mais ses bras étaient tendus vers moi, et sa voix agréable me parla dans un ton que je connaissais si bien. "Ah ! mon bien-aimé, où es-tu à présent ? Je ne peux te voir, je n'entends que ta voix. Je t'entends m'appeler et mon âme répond à la tienne!"

"Mort! Mort!" m'écriai-je, déchaîné. Ah! Non cela ne peut pas être! Les morts ne sentent plus rien, ils deviennent poussière. Ils pourrissent et tout est fini, tout est perdu pour eux. Ils n'ont plus de conscience. Serait-ce que toute la philosophie de ma vie avait été fausse? Que l'âme continuait à vivre, même si le corps se dissolvait?

Comme je m'approchais davantage de ce monticule de terre, il devint transparent à mes yeux et, en bas, je vis un cercueil avec mon nom et la date de ma mort. Y gisant, je vis le pâle et paisible visage que je me connaissais. Avec effroi, je remarquai que ce corps avait déjà commencé à se décomposer. Il était devenu pour l'œil un spectacle répugnant. Sa beauté était passée. Bientôt, personne n'en reconnaîtrait plus les traits. Et je me tenais là, conscient, le regardant puis me regardant moi-même! Je tâtais chacun de mes membres, suivais avec les doigts chaque trait familier de mon visage et savais que j'étais mort mais tout de même vivant. Le mort vivait, mais où et en quel état? Ces ténèbres étaient-elles l'enfer?

Alors la voix de quelqu'être sublime me parla dans la nuit: "Tu aimes ce corps plus que ton âme. Maintenant, vois comme il tombe en poussière et reconnais ce dont tu te préoccupais et à quoi tu étais accroché. Reconnais combien il était éphémère, combien il est devenu sans valeur. Regarde maintenant ton corps fin-matériel et vois combien tu l'as affamé, enchaîné et négligé au profit des jouissances du corps terrestre. Vois combien ton âme - qui est pourtant animée et éternellement vivante - est maintenant devenue, à cause de ta vie terrestre, nécessiteuse, repoussante et défigurée."

Elle me visita encore deux ou trois fois. A chaque fois qu'elle venait, je ressentais à son approche le même frisson et avais à son départ le même sentiment d'abandon. Je voulais aller la rechercher et la retenir à mes côtés. Mais maintenant je ne l'appelais plus. Désormais je savais que les morts appellent vainement, car les vivants ne les entendent pas. Pour tout le monde j'étais mort, sauf pour moi et mon affreux destin. Ah! Je le savais maintenant, la mort n'est pas un sommeil sans fin, un oubli tranquille.

Et, dans mon désespoir, je priai qu'un oubli complet me soit accordé. Toutefois, je savais qu'il n'en serait jamais ainsi, car l'être humain est une âme animée et qui continue à vivre éternellement, pour le bon ou le mauvais, pour le salut ou la douleur. Sa forme terrestre se dissout et devient poussière mais l'esprit, qui est le véritable être humain, ne connaît aucune décomposition ni aucun oubli.

Jour après jour - je sentais les jours s'écouler - mon esprit s'éveillait de plus en plus, et je revoyais les événements de ma vie, en une longue série, se dérouler devant moi toujours plus clairement. Ils étaient d'abord accablants puis devenaient progressivement plus distincts et plus clairs. Et j'inclinais la tête dans un effroi plein de honte et de désespoir. Car je sentais qu'il était maintenant trop tard pour en effacer un acte.

Je ne sais combien de temps dura cet état; il me parut durer longtemps, très longtemps. Plongé dans le désespoir je restais là, assis, lorsque j'entendis la douce voix de ma bien-aimée. Je me sentais poussé à me lever et à la suivre jusqu'à ce qu'elle m'ait conduit à elle. Pendant que je me préparais ainsi à partir, le fil qui m'avait si fermement retenu parut s'étendre et s'étirer au point que je le sentais à peine me résister.

Et une voix, celle que j'avais déjà entendue près de ma tombe, me répondit: "Fils de la douleur ! N'y a-t-il sur Terre aucun espoir pour celui qui se rend coupable envers quelqu'un ? L'homme ne pardonne-t-il pas à celui qui lui a fait du tort, quand celui-ci regrette et demande pardon ? Dieu devrait-Il se montrer moins clément et moins équitable ? Maintenant, éprouves-tu vraiment du regret ? Cherche en ton cœur si tu te soucies de toi-même ou bien de ceux que tu as offensés."

Comme elle parlait, je sus que je ne regrettais pas sérieusement; je souffrais seulement; j'aimais et désirais seulement. Puis à nouveau, ma bien-aimée parla et me pria, si j'étais là et pouvais l'entendre, d'essayer d'écrire un mot avec sa main afin qu'elle sache si je vivais et pensais encore à elle.

Le cœur parut me monter à la gorge et m'étouffer. Je me rapprochai d'elle afin d'essayer, si je pouvais, de mouvoir sa main ou, pour le moins, de la toucher. Mais le grand esprit se mit entre nous et je fus obligé de me reculer. Puis il parla: "Indique-moi ce que tu veux dire et je le ferai écrire par sa main. Je peux faire cela dans son intérêt et pour l'amour qu'elle conserve pour toi."

A ces mots un mouvement joyeux me parcourut et je voulus lui prendre la main pour la baiser. Mais je ne pus le faire car ma main parut roussir à l'éclat de son feu. Je ne pus que m'incliner devant lui en pensant qu'il devait être un ange. Ma bien-aimée parlait maintenant et demandait: "Es-tu ici mon cher ami ?"

Je répondis: "Oui !" et vis alors l'esprit poser la main sur la sienne. Après que cela fut fait, sa main écrivit le mot "oui". Lente et incertaine, elle se mouvait comme celle d'un enfant qui apprend à lire et à écrire. Ah! combien son cœur était heureux!

A nouveau, elle me posa une question et comme précédemment sa main écrivit ma réponse. Elle demandait si elle pouvait faire quelque chose pour moi, si j'avais un désir qu'elle était à même de satisfaire. "Non, répondis-je, pas maintenant". Je m'éloignerais et ne viendrais plus l'importuner par ma présence. Elle devait essayer de m'oublier. Alors que je parlais, mon cœur blessé était rempli d'amertume. Combien mon âme fut agréablement touchée quand elle dit: "Ne me parle pas ainsi, car j'aimerais toujours être, comme par le passé, ton amie la plus fidèle et la plus aimée. Depuis que tu es mort, mon seul effort a toujours été de te trouver et de te parler à nouveau."

Puis je quittai ma bien-aimée. Alors que je m'éloignais, je vis la forme d'un ange vibrer au-dessus d'elle pour la réconforter et la consoler, elle qui, de son côté, était mon ange lumineux. Je la laissais en compagnie de ces esprits pour partir et m'en éloigner, jusqu'à ce que sa voix me rappelât de nouveau à ses côtés.

Je me sentis si seul que je me levai et me mêlai aux ombres noires qui circulaient. Très peu d'entre elles se tournaient vers moi pour me regarder. Probablement qu'elles ne pouvaient elles-mêmes me distinguer qu'à peine. Toutefois, trois ombres noires, paraissant être un homme et deux femmes, me dépassèrent puis, soudain, se retournèrent pour revenir sur leurs pas et me suivre. L'homme me toucha le bras en disant: "Pourquoi sembles-tu si pressé ? Tu es sûrement arrivé depuis peu en ce monde, sinon tu ne t'enfuirais pas. Ici, rien ne presse! Nous savons tous que nous avons une éternité pour y évoluer." Puis, il se mit à rire d'un air sarcastique qui me fit frémir.

Tandis que l'une des femmes me prenait le bras droit et l'autre le bras gauche, elles me dirent:

"Viens avec nous, nous te montrerons comment jouir encore de la vie bien que tu sois mort. Nous n'avons plus notre propre corps pour nous divertir grâce à lui, mais nous pouvons nous en faire prêter un par un mortel quelconque durant quelque temps. Viens avec nous, nous te prouverons que toutes les joies ne sont pas encore supprimées pour nous."

Dans ma solitude, j'étais heureux d'avoir trouvé quelqu'un à qui parler. Bien que tous trois, les femmes encore plus que l'homme, me parussent extrêmement révoltants, j'étais tenté d'accepter leur compagnie et de voir ce qui allait arriver.

Je venais de faire demi-tour pour me joindre à eux quand j'aperçus dans le lointain, semblable à une image illuminée dans un ciel noir, le visage fin-matériel de ma pure et douce bien-aimée. Sa voix retentissait maintenant à mes oreilles comme un appel du ciel:

"Oh ! Prends garde ! Prends garde ! Ne va pas avec eux. Ils ne sont pas bons. Leur chemin ne peut conduire qu'à la perdition." Puis, la vision disparut. Comme m'éveillant d'un rêve, je me dégageai de ces trois personnes pour me perdre à nouveau dans les ténèbres. Où et pour combien de temps? Je ne sais! En m'enfuyant de là, je cherchais à me débarrasser des souvenirs peu édifiants et il me semblait que rien ne s'opposerait à ce que je parcoure le monde entier.

En fin de compte, pour reprendre haleine, je me laissai tomber à terre. Celle-ci me parut assez ferme pour me supporter. Ma contemplation fut interrompue par l'un des deux esprits masculins : Un sérieux jeune homme autant que je pus le distinguer. Il me parla d'une voix tranquille et amicale, me disant qu'il serait bon de m'affilier à une confrérie de pénitents. Dans celle-ci, on m'enseignerait la voie vers le Bien et je pourrais apprendre ainsi par eux beaucoup de ce que j'avais toujours ignoré jusqu'ici.

Cette voie de l'expiation était très pénible. Il y avait de nombreux degrés jusqu'à son terme. Les peines et les souffrances étaient nombreuses. Mais cette voie conduisait finalement vers un beau et heureux pays où je reposerais dans une félicité telle que je ne pouvais l'imaginer.

Avec un désir croissant d'en apprendre davantage sur cette confrérie, je prêtais l'oreille avec étonnement aux paroles de cet esprit amical. Je le priai en conséquence de bien vouloir m'y conduire. Il promit de le faire et m'expliqua en même temps qu'il suffisait de ma propre volonté pour m'y transférer.

"Si tu désires y aller, m'expliqua l'esprit, tu peux le faire de suite. Dans le monde des esprits, chacun est libre. Tous vont vers l'endroit où leurs propres vœux ou désirs les conduisent. Si tu désires donner du champ à de plus pures et plus hautes aspirations, les moyens de les réaliser te seront accordés. Tu reçois dès lors autant d'assistance et de force qu'en requière ton intention. Tu es l'un de ceux qui n'ont jamais appris à connaître la force de la prière. Mais toutes choses nous sont données en partage sur notre prière, que nous en soyons ou non conscients. Tous tes désirs vers le bien ou vers le mal sont également des prières et appellent à toi de bonnes ou de mauvaises puissances afin de les accomplir."

Par suite de ma montée à cette faible hauteur au-dessus de la Terre, j'avais le sentiment du vide autour de moi. Seules les enveloppes les plus grossières de mon esprit me semblaient exister. Cette période des ténèbres fut pour moi si affreuse que j'aimerais évoquer la lumière du soleil que j'avais tant aimée. J'étais issu d'un pays plein de splendeur et baigné de soleil, mais depuis ma mort, je n'avais trouvé ici que ténèbres et froid, une horrifiante obscurité m'enveloppant ainsi qu'un noir manteau duquel je ne pouvais me libérer d'aucune manière. Ces épouvantables ténèbres oppressaient mon esprit plus que toute autre chose.

Chaque esprit disposait ici de ce qu'il avait mérité dans sa vie terrestre. Quelques-uns n'avaient rien d'autre que le petit lit sur lequel ils s'allongeaient et souffraient. Car tous ici souffraient! C'était une maison d'affliction dans laquelle je me trouvais, et cependant une maison de l'espoir. En effet, chacun aspirait à s'élever vers la Lumière. Pour chacun le temps de l'espoir avait commencé. Tous avaient posé le pied sur l'échelon le plus bas de l'échelle de l'espérance, qu'ils devaient gravir pour se hisser, avec le temps, jusqu'au Paradis, jusqu'au Ciel.

Dans ma propre petite cellule, je disposais uniquement de mon lit, d'une chaise et d'une table, et rien de plus. Je passais mon temps couché dans ma cellule à méditer. Parfois, avec ceux qui, comme moi, avaient repris suffisamment de forces, j'allais assister aux conférences données pour nous dans le grand hall. Les lectures étaient d'une nature très émouvante. Faites sous forme de contes, elles trahissaient toujours l'intention de faire prendre conscience de ses torts à l'un ou l'autre d'entre nous.

Partant du point de vue d'un spectateur impartial, on s'évertuait à nous faire comprendre toute la portée de nos agissements et à nous montrer où nous avions manqué et précipité une autre âme dans la perdition, en satisfaisant notre propre goût du plaisir. Ainsi des fautes commises sous prétexte que tous s'en rendaient coupables ou parce que nous nous étions cru dans notre droit. Le revers de la médaille nous était à présent démontré et, en vérité, par ceux-là mêmes qui avaient été nos victimes ou, dans le cas où nous n'avions pas été directement responsables, par les victimes du système social maintenu par nous afin de pouvoir satisfaire nos passions égoïstes.