Le Verbe Incarné (Page 1)

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L'allégresse que les hommes éprouvèrent lors de la naissance du Fils de Dieu disparut au moment même où s'éteignit l'Étoile de Bethléem. La lumière n'avait pu éclairer leurs cœurs que pour peu de temps seulement.

C'est ainsi que les trois mages venus d'Orient trouvèrent le long chemin qui les conduisit auprès de l'Enfant Divin. Le reconnaissant, ils s'agenouillèrent devant la crèche et déposèrent leurs présents. Cependant, ils transformèrent par là leur mission spirituelle en un acte bassement matériel. Ils auraient dû s'offrir en personne ainsi qu'il en avait été décidé d'En-Haut. C'est pour cela qu'ils vivaient sur Terre! Ils devaient protéger l'Envoyé de Lumière; au lieu de cela, ils retournèrent dans leur patrie. Ils avaient failli à leur mission et rendu leur vie inutile.

Marie et joseph, eux aussi, reconnurent dans l'enfant le Messie tant attendu. Tous deux croyaient que Jésus était le Sauveur... mais ensuite, les nombreux petits soucis de la vie quotidienne étouffèrent en eux cette foi. Les souvenirs de la Sainte Nuit de Bethléem se firent de plus en plus rares. Tout sombra dans l'oubli.

Ainsi Jésus grandit, incompris, à peine considéré. Sa présence donnait aux hommes la Lumière, aux faibles la Force, aux pusillanimes le courage, mais jamais on ne lui en fut reconnaissant.

Pour Jésus, le monde était beaucoup plus beau que ne le voyaient ses semblables. Ses yeux prêtaient à la nature un éclat nouveau. Aussi longtemps qu'il fut enfant, la Terre lui parut magnifique. Le coeur léger, il suivait le droit chemin, se réjouissant de tout ce qui était beau, répandant bénédiction et joie autour de lui. Toute plante, tout animal lui étaient familiers. Ils lui parlaient leur langage et Jésus comprenait tout. Une herbe qui s'inclinait lui disait bien davantage que des paroles humaines.

Les hommes lui étaient d'autant plus étrangers que la nature lui était familière. Jésus regardait leur façon de faire sans comprendre. Leurs chemins étaient aussi confus que leur langage. Selon lui, leur vie incohérente n'avait pas de sens. Son âme tressaillait douloureusement lorsqu'il entendait leurs paroles dures et injustes et qu'ils ergotaient à propos de Dieu et de leur destin. Pourquoi les hommes étaient-ils si différents des animaux? Pourquoi tout ce qu'ils faisaient était-il si difficile à comprendre? Lorsqu'ils souffraient, que la douleur mettait une ombre sur leur visage, l'âme du jeune garçon en était lourdement oppressée. Simple et candide, de loin, il leur envoyait ses pensées secourables et portait en son coeur l'ardent désir de pouvoir s'approcher d'eux, de leur tenir la main pour que son Amour leur rende la gaieté.

Une extrême timidité le retenait, le forçait de rester à l'écart. Un abîme infranchissable semblait s'ouvrir entre Jésus et les hommes.

A mesure que Jésus grandissait, la vie des hommes le préoccupait de plus en plus. L'enfant en lui s'endormit, l'adolescent s'éveilla. Jésus perçut plus clairement les faiblesses des hommes. Maints mobiles de leurs actions lui devinrent compréhensibles. Mais toujours il se demandait comment il se faisait que les hommes ne se rendent pas compte qu'il leur fallait vivre autrement afin de donner une forme plus belle à leur vie terrestre. Ils voyaient pourtant que leur façon d'agir ne leur apportait, ainsi qu'à leurs frères, que malheur au lieu de bonheur.

- Pourquoi n'en tiraient-ils pas la leçon? Ces questions montaient en lui:

- Ils prient Dieu comme je Le prie. Pourquoi ne reconnaissent-ils pas leurs erreurs? Ne sont-ils pas tout comme moi des êtres humains? Si seulement je pouvais aller vers eux, leur montrer leurs fautes, les aider!

Que veux-tu? Qui es-tu, pour vouloir conduire les hommes? Les prêtres ne sont-ils pas là pour cela? Voudrais-tu par hasard devenir prêtre toi aussi?

Un serrement de coeur l'empêcha d'approfondir ses réflexions. Non, Jésus ne voulait pas être comme les prêtres, hypocrites et faux. Il voulait rester pur, indépendant. Il luttait contre les forces qui s'éveillaient en son âme, car il avait déjà appris à connaître le monde et son jugement. Il devenait silencieux et renfermé. Il s'astreignait à rester calme lorsque les hommes suivaient de fausses voies. Il devenait de plus en plus étranger à Joseph et Marie. Tous deux sentaient qu'ils ne possédaient pas la clef de son âme. Ils étaient certains que Jésus renfermait en lui plus qu'il n'exprimait.

Et cependant, sa retenue ne pouvait l'empêcher d'être remarqué partout! On parlait de lui à la synagogue et dans la rue. On l'arrêtait pour lui demander conseil lorsqu'on le rencontrait. On allait chez ses parents pour en savoir davantage. Marie se sentait épiée en tout. Elle commença à craindre pour son fils et le pria de se taire. Jésus regarda gravement sa mère. Avait-elle honte de lui? Voulait-elle le changer pour qu'il devienne comme les autres?

«Faut-il que je devienne comme eux tous qui sont malheureux par leur propre faute? Ferai-je ainsi plaisir à rna mère? Elle devrait au contraire s'affliger de me voir devenir mauvais!»

La vie de Jésus était tiraillée par des sentiments contradictoires. Il aspirait ardemment à ce qu'il lui soit permis d'être seul, seul une fois avec Dieu pour pouvoir Lui soumettre toutes les questions restées sans réponse. Il souhaitait trouver un être humain qui le comprendrait, qui pourrait le conseiller ou tout au moins lui dire:

«Ce que tu ressens intuitivement est conforme à la Vérité, bien que tous les hommes soient de tout autre nature que toi!»

Partout son jeune âge lui était un obstacle, on ne le prenait pas au sérieux. On l'écoutait, on lui demandait son avis; pourtant les hommes prenaient soudain conscience qu'ils écoutaient parler un adolescent et non un adulte.

Tant que Jésus parlait, les hommes étaient captivés. Ils écoutaient attentivement ses paroles chaleureuses et sages et oubliaient qu'ils s'étaient crus plus intelligents. Ils reconnaissaient alors leur propre insuffisance. Sans ménagement, Jésus leur montrait leurs faiblesses. C'en était fait de leur attention! Il devenait la risée de ses auditeurs, on dénaturait ses paroles, on leur prêtait de bas mobiles, de sorte que Jésus se retirait fièrement sans répondre. Rude était l'école par laquelle il devait passer sur Terre. Il lui fallait apprendre à tout connaître et à supporter en lui le contre-coup de toutes les faiblesses humaines.

Et de nouveau il se demandait: «Pourquoi ne puis-je mépriser tous ceux qui me font souffrir? Pourquoi, malgré tout, les aimer et vouloir les aider? Des coups ne pleuvent-ils pas sur moi dès que j'essaie de m'approcher d'eux? N'ont-ils pas mal interprété chacune de mes paroles?»

Et toujours il devait écouter la voix qui répondait en lui:

«Il te faut aller ton chemin, tel qu'il est tracé pour toi! Avant que tu ne changes toi-même, il faudra que tous les hommes changent!»

Ainsi passèrent les années ... Joseph mourut ... Jésus, alors, était près de lui. Les ultimes paroles de Joseph, le visage transfiguré du mourant furent pour Jésus inoubliables. Ils trempèrent sa volonté. Avec Joseph, disparut l'homme qui lui avait montré la plus grande compréhension. Ils n'avaient jamais parlé beaucoup ensemble. Joseph était laconique et taciturne, mais Jésus avait toujours reconnu l'amour que Joseph lui témoignait et la joie que celui-ci éprouvait en voyant son travail. Ses dernières pensées de bénédiction pour son père aplanirent à celui-ci son chemin dans l'au-delà.

Jésus se sentit plus solitaire encore. Il attendait inébranlablement un événement qui, pour lui, devait être décisif. Il s'en faisait souvent une image et était convaincu de reconnaître et de saisir l'occasion dès qu'elle se présenterait. Il savait aussi que par là il ferait de la peine à sa mère, ce qui pourrait les séparer à jamais. Lors de ces réflexions, il prit tout en considération et pourtant il ne pouvait rien y changer. Il suivrait son chemin, le monde entier dût-il s'y opposer.

Or, un jour, le moment tant attendu arriva. Jésus le saisit aussitôt. Un nom fut prononcé! Et ce nom était pour Jésus la réponse à son attente.

Jean-Baptiste! Un prophète qui prêchait dans le désert, qui baptisait les hommes, leur donnait la Vérité, les consolait dans leur détresse!

Jésus entendit parler de Jean et fut convaincu qu'il devait aller à sa rencontre comme tant d'autres. Il avait besoin de ses conseils.

La lutte qu'il dut engager avec Marie avant de rejoindre Jean était toute intérieure. Ils luttèrent longtemps volonté contre volonté. Sans se laisser déconcerter, Jésus opposait sa conviction à la force extrême dont Marie était capable. Elle combattit avec toute l'énergie du désespoir, mais dut pourtant se soumettre au plus fort. La décision prise, ils s'entretinrent calmement et tranquillement.

Peu de temps après, Jésus partit trouver Jean. Lorsque la ville de Nazareth fut derrière lui, il respira, comme libéré d'une lourde oppression. Inondé de soleil, le monde s'ouvrait devant lui et Jésus sentit une joie inconnue le submerger. De nouveau, comme pendant son enfance, le monde lui parut indiciblement beau et magnifique. Il voyait avec d'autres yeux. Devant lui se tenait le but vers lequel il pouvait s'élancer, libre de toute entrave. Ce qui l'avait tourmenté des années durant, s'était évanoui comme un mauvais rêve.

«Libre! libre!» jubilait-il intérieurement.

C'est ainsi qu'il arriva au Jourdain, le coeur léger, fier et sûr de lui. Des ondes de force l'enveloppaient et agissaient magnétiquement sur les autres hommes. Accompagné d'une foule immense, Jésus s'approcha du Baptiste et écouta les paroles du prophète.

- Faites pénitence! Le Royaume de Dieu est proche!

Ces paroles réveillèrent en Jésus un vivant écho. Il avait dit les mêmes paroles aux hommes qui n'avaient pas voulu l'écouter.

Le lendemain, tous ceux qui se croyaient purifiés de leurs péchés allèrent se faire baptiser. Jésus vit la colonne des pénitents et vit même plus encore: il remarqua qu'aucun d'eux ne s'était amendé, les traits de leurs visages étaient certes transfigurés par l'extase, mais non purifiés de toute faute. La plupart d'entre eux s'adonnaient à une illusion. Ce faisant, ils reçurent le baptême sans en être dignes.

Jésus avançait lui aussi vers le fleuve. Il observait les hommes plus attentivement encore. Çà et là, mais très rarement, il reconnaissait un vouloir sincère, et cela suffisait à lui redonner toute sa joie.

«C'est pour ce petit nombre que je veux vivre.»

Le grand moment approchait. Il devait se présenter devant le Baptiste. Lentement il s'avança vers lui. Il vit l'oeil scrutateur de Jean fixer chacun avant de l'immerger dans les flots. Et, chaque fois, les paroles qu'il adressait comme viatique aux baptisés étaient différentes. Jean reconnaissait les faiblesses de chacun avec une inexorable acuité. A présent, la voie était libre devant Jésus. Il fit encore un pas et se trouva en face de Jean.

Durant quelques secondes, les yeux insondables du Baptiste s'agrandirent, puis ils reprirent leur expression première. Mais sa voix trembla lorsqu'il dit:

- C'est moi qui devrais te demander le baptême, étranger!

- Je te prie de me donner le baptême, Jean! dit Jésus fermement.

Alors le Baptiste l'immergea à son tour. On entendit un grondement venant d'en-haut et Jean vit la Colombe descendre au-dessus de Jésus. Incapable de proférer une seule parole, il tomba à genoux devant lui.

Jésus le releva et lui parla. Alors il se calma et continua à baptiser.

A la tombée de la nuit, Jean chercha Jésus dans la foule et le trouva.

Ensemble, ils traversèrent le vaste camp des pèlerins jusqu'à la tente de Jean. Ils y pénétrèrent silencieusement et s'assirent.

Et de Jean jaillit la parole qu'il avait gardée en lui toute la journée.

- Seigneur, c'est Toi! Celui qui doit venir!

En signe d'assentiment, Jésus inclina silencieusement la tête; lui aussi en avait la certitude. Les paroles de Jean-Baptiste n'étaient plus nécessaires pour éclairer Jésus. Depuis qu'il avait reçu le baptême, il savait qu'il était issu de Dieu Lui-même pour montrer à l'humanité, une fois encore, le chemin qui conduit au Père, pour lui annoncer la Lumière et une vie nouvelle, et, par la Parole, combattre les ténèbres menaçantes.

La Force qui émanait de lui était si puissante que Jean pouvait à peine la supporter. Tel un raz de marée, cette Force devait déferler sur Israël, secouer les hommes pour qu'ils prennent conscience. Une seule parole de Jésus réussirait bien mieux auprès des hommes que si lui, jean, prêchait toute sa vie durant!

«Si seulement je pouvais travailler à tes côtés, Seigneur, si seulement je pouvais rester près de toi!»

Les paroles de Jean étaient une prière.

Jésus le regarda d'un air songeur, puis il baissa la tête et dit d'une voix basse mais catégorique:

- Tu es le premier homme qui m'ait reconnu! Tu seras le premier homme à me quitter.

Effrayé, Jean fixa le Fils de Dieu, mais Jésus sourit pour le tranquilliser.

- Il te sera permis de retourner vers la Lumière, Jean. Bientôt tu échangeras ce monde contre un autre, bien plus beau.

Et Jean le comprit. Mais il ne pressentait pas quelle douleur l'attendait avant que la mort ne le délivre. Il savait qu'il s'était attiré la haine de beaucoup par la rigueur de ses paroles. Plus d'un, qui était venu vers lui en rampant et en implorant son aide, avait éprouvé son impitoyable dureté.

Par quelques paroles, Jean arrachait aux hommes tout faux-semblant. Sa franchise ne pouvait être supportée de tous. Il savait qu'il n'était que le précurseur d'un autre plus élevé que lui, il voulait mettre les hommes en garde contre le jugement à venir et les rendre attentifs à leurs faiblesses.

Jean fit ses adieux à Jésus pour toujours; il savait qu'il ne le reverrait pas...

Jésus passait sa vie en solitaire, à l'écart des hommes. Il pouvait enfin apaiser son profond désir de solitude. Et, ainsi qu'il l'avait souhaité, il communiquait avec Dieu dans le calme qui l'entourait. Peu à peu son corps physique put alors supporter la Grande Force de Lumière qui reposait en lui et le pénétrait depuis qu'il avait été investi de sa Mission, le jour de son baptême.

La complète harmonie entre le corps et l'esprit n'était pas encore atteinte et Jésus, qui le savait, demeura éloigné des hommes tant que cet accord ne fut pas réalisé. Il savait bien que chaque minute était précieuse, que les hommes avaient plus que jamais besoin de sa parole, mais un début prématuré pourrait avoir des suites néfastes pour son corps.

Examinant tout avec soin et n'agissant que selon les Lois divines, Jésus passait ses jours à préparer ce qui devait être accompli.

Pendant cette période, la plus sereine de sa vie terrestre, il parlait avec Dieu et ne faisait qu'un avec son Père céleste.

Jésus vécut au désert trois années durant qui semblèrent passer comme un jour. Habituellement, combien longues paraissent ces années à un homme qui attend un accomplissement! Pendant ce temps, tout son corps se transformait. Jésus ne prit conscience de cette transformation extérieure que lorsqu'il décida subitement de retourner parmi les hommes. Il sut que son temps était venu. Il ne pouvait rester seul plus longtemps.

Songeur, Jésus était assis devant la grotte où il avait toujours passé ses nuits et qui avait été son foyer durant ces trois années. Une fois encore, il fit dérouler son passé devant lui, ce qui avait été sa vie jusqu'à cette heure. Une nouvelle fois, il revécut pleinement toutes les splendeurs qu'il lui avait été donné de percevoir dans la solitude. Chaque souffle fut un remerciement au Père. Ce fut pour lui cette heure indiciblement solennelle que les hommes ne peuvent que pressentir en leur intuition la plus intime.

Et, pendant son recueillement, Jésus vit où en était l'humanité; il vit tous les fils embrouillés, tous les chemins erronés que suivaient les hommes.

- Père, je t'en prie, donne-moi la Force de la Lumière pour que j'éclaire les ténèbres!

C'est alors que Lucifer s'approcha de lui.

Jésus resta calme, malgré sa souffrance. Lucifer dit:

- Je veux t'aider à accomplir ton oeuvre sur Terre. Mon pouvoir est grand, je tiens les hommes par des fils invisibles et ils agissent suivant ma volonté. Je veux faire de toi le maître des mondes. Ta puissance doit dominer tous les hommes.

Jésus répondit:

- Comment le valet pourrait-il réussir à élever son maître? A moins que celui-ci ne lui soit soumis! Éloigne-toi de moi, Lucifer! L'esprit des ténèbres alors le quitta.

Jésus fit son entrée dans le monde et le trouva plus ténébreux encore qu'il ne l'avait craint. Face aux hommes ... il était seul; personne ne le connaissait, personne ne s'inquiétait de lui ... et pourtant ils avaient besoin de lui! Comparé au nombre de ceux qui craignaient la Lumière et cherchaient à l'éviter, le nombre des chercheurs était minime. Des prêtres sans scrupules avaient accaparé la domination des âmes. Agissant arbitrairement, ils exploitaient les hommes à des fins personnelles. Jésus parcourait le pays et prêchait. Petit à petit, des auditeurs se manifestèrent. Voulant entendre le nouveau prophète, le peuple accourait.

Mais les hommes couraient au devant de quiconque venait leur parler. Ils ne faisaient aucune distinction et les écoutaient tous tant qu'ils ne parlaient pas contre les pharisiens et les scribes. Cela seul transformait leur intérêt en railleries. Ils se moquaient de l'orateur et l'abandonnaient.

Seul Jean avait exercé sur les masses un pouvoir plus grand que les pharisiens. Durement et en peu de mots, il avait dit aux hommes la Vérité, mais avec cette conviction intérieure qui pénètre dans les âmes des auditeurs, même lorsque ceux-ci s'y opposent. En réalité, ils n'étaient nullement railleurs. Ils avaient seulement perdu la foi. Ils n'avaient pas non plus la volonté de se dresser contre la Force de la Lumière. Par contre, ils se laissaient dominer par les ténèbres et étaient malheureux au fond d'eux-mêmes, mais ne le laissaient pas voir.

Jésus le reconnut bien vite et son Amour pour les hommes grandit. Si les paroles de Jean, son précurseur, étaient dures et frappaient impitoyablement, celles de Jésus étaient d'une si grande bonté, emplies de tant d'Amour, qu'elles touchaient le coeur des hommes, les pénétraient et continuaient à y agir. Les hommes avaient l'impression que soudain une corde sensible avait été touchée, leur faisant mal, et éveillant en eux une douleur leur rappelant tout bas une chose oubliée depuis longtemps.

Leurs coeurs étaient comme frappés par des éclairs de lumière, bouleversants et libérateurs.

Ils se sentaient attirés de plus en plus fortement par «le prédicateur du désert», comme on l'appelait. Sa présence les captivait toujours plus profondément. Son nom était propagé à travers le pays à la vitesse de l'éclair.

Jésus parla au bord de la mer de Galilée. Ses auditeurs formaient une foule immense. Par des paraboles, il rendit la Parole de Dieu compréhensible au peuple. Le peuple d'Israël était paresseux dans sa façon de penser. Il lui fallait constamment chercher de nouvelles voies pour lui expliquer l'objet de ses paroles.