Cassandre (Page 2)

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Alors le berger s'emporta :

«Prends garde, Priam ! Réfléchis, fais attention à chacune de mes paroles, car elles sont lourdes de sens. Ce n'est pas moi qui les ai dites, mais le messager de Dieu, et il ne vient pas pour les petites choses de la vie quotidienne. Ne pense pas seulement à la protection divine de l'enfant, songe aussi aux paroles menaçantes qui ont accompagné l'annonce de sa venue: »

La voix du berger résonna, lourde de menaces.

C'est en ces heures qu'un destin capital pour l'humanité commença son cycle en vibrant, mais les êtres humains ne s'en aperçurent nullement.

Périclès ne trouvait pas de repos. Il parcourut la ville, il alla voir les bergers et les paysans, il quitta son troupeau pour annoncer les paroles de l'ange. Il se rendit auprès des pêcheurs pour qu'ils portent la nouvelle dans les îles au loin sur la mer. Il alla trouver les marchands qui accostaient sur le rivage de Troie, afin qu'ils emportent dans leur patrie le message de l'ange.

Mais la reine Hécube, la mère de la petite fille, ne le toléra pas. Elle intima d'abord à Périclès l'ordre de se taire pour que le peuple ne s'agite pas, puis elle le menaça et, finalement, le bannit du pays.

Accablé, Périclès marchait dans les rues de Troie ; il secoua la poussière de ses pieds et abandonna même sur le rivage les peaux qui les protégeaient.

Puis il confia ce message à l'un des siens :

«Dis à Hécube que le destin de Troie ne démentira pas le message de l'ange, mais que les mots : Si vous ne reconnaissez pas cette Lumière, vous serez voués à la mort ! s'accompliront.»

Un nuage trouble, annonciateur de malheur, pesa lourdement sur Troie tandis que le seul être humain à avoir reconnu la Vérité quittait le pays.

Des années avaient passé.

Une lumière bleue resplendissait au-dessus de la mer. Les rochers dentelés et mouillés de la côte de Troie scintillaient à la marée descendante. Les vagues étaient parées de petites crêtes écumantes qui s'avançaient vers le rivage en murmurant. Des voiles rouges et jaunes se détachaient sur les flots.

La plage sablonneuse était parsemée de petits écueils tandis que des rochers sporadiquement recouverts d'une herbe rase s'étendaient jusqu'à l'intérieur des terres. Une route encaissée menait de Troie à la mer.

A partir des murs de la ville dont on pouvait distinguer les parties anciennes des plus récentes, jusqu'aux pâturages situés un peu plus haut, il y avait des arbustes dont les branches touchaient le sol.

Troie avait été un village de bergers, construit avec des pierres sombres et non taillées qui provenaient des environs. Les maisons avaient des toits plats sur lesquels poussait de l'herbe. De petites ouvertures servant de fenêtres apparaissaient comme autant de trous sombres à la lumière du soleil. Les murs qui entouraient les petites fermes avaient été laissés à l'état brut.

La partie récente faisait suite à la partie ancienne sans la moindre transition. Bien que son architecture fût simple et plus rude que les constructions de l'antique Hellade, on y reconnaissait l'influence du style grec à son apogée. Tout y était sommaire et quelque peu grossier.

L'imposant portail du château, qui s'ouvrait en grinçant, était flanqué de tours carrées d'où partait un mur haut et assez large pour qu'on puisse y marcher. Derrière ce mur, il y avait un fossé grand et profond, recouvert de pierres lisses. En face du portail se trouvait un large pont de bois que l'on relevait au moyen d'un mécanisme très rudimentaire.

Au-delà du fossé, on voyait une place carrée, pavée de grosses pierres. Sur la droite se dressait un imposant édifice à colonnes; en face, s'élevait un deuxième mur avec un portail ; sur la gauche, une haute salle avec une galerie intérieure et une galerie extérieure fermait cette place. La galerie intérieure conduisait à des sortes de caves dans lesquelles étaient rangées de gigantesques amphores en terre, puis on arrivait à de vastes entrepôts remplis de vivres.

Une deuxième cour était pleine de chariots et de matériel agricole. Elle était entourée d'étables qui abritaient quantité de belles bêtes, avant tout des vaches, des taureaux et des veaux. Les chevaux partageaient des écuries spéciales avec des animaux ressemblant à des ânes. Un énorme chien au poil gris-jaune et hirsute gardait les étables.

A gauche, un portail menait vers un austère et silencieux bosquet de lauriers. Des allées sablonneuses étaient reliées entre elles et formaient un carré. Au bord de ces allées, des bancs de pierre étaient placés à intervalles réguliers. Au milieu, il y avait un bassin, également en pierre, avec de l'eau et des poissons.

Entre des arbres taillés, un chemin menait vers un mur sombre, dans l'ancienne partie du château. Dans une immense entrée soutenue par des colonnes en bois se trouvait le trône du roi. De là, un escalier large et raide conduisait aux pièces du haut. La charpente était brun foncé. Les murs et les colonnes étaient hérissés d'armes de toutes sortes.

A l'autre extrémité de la salle, de hautes fenêtres ouvertes donnaient sur une cour claire. Il y avait là des arbres et quelques buissons fleuris entourés d'un péristyle sur le toit plat duquel on avait aménagé des jardins d'où retombaient de luxuriantes plantes grimpantes.

Au-dessus de la grande salle du vieux château se trouvaient de nombreuses chambres. La plus extérieure d'entre elles était une pièce d'angle qui offrait une vue dégagée sur les cours et sur une partie du vieux faubourg, jusqu'à la mer. De l'autre côté, on pouvait observer la vive animation qui régnait dans la cour d'exploitation. Des dessins multicolores ornaient les murs de cette belle et grande pièce dans laquelle il y avait des récipients en or et en argile.

Un lit de repos en bronze recouvert de peaux et d'un traversin était installé dans un coin. Des coffres contenant des vêtements étaient disposés le long des murs. Le sol était recouvert de dalles colorées.

C'était la chambre de la reine. A côté, une deuxième pièce était remplie d'armes de guerre, de trophées et d'instruments. Une large table basse couverte de croquis et de dessins montrait que le roi Priam travaillait là ; c'était son lieu de prédilection.

Les pièces des femmes étaient contiguës à la chambre de la reine, et celles des hommes à la chambre du roi.

Les dépendances se trouvaient dans une aile spéciale du château. On ne pouvait y accéder que par la cour ou par les pièces des femmes. Des servantes de tous âges y travaillaient.

Attenante au vieux château s'élevait la nouvelle construction qui ressemblait à un temple et renfermait les salles de fêtes. Elle était entourée de magnifiques jardins clos par un grand mur.

Les salles du château débordaient d'activité. Les êtres humains avaient fière allure ; ils se rapprochaient de l'image idéale des dieux de l'essentialité.

Un homme grand et vigoureux se tenait dans la chambre de la reine. Il était en tenue de guerrier, parfaitement équipé pour le combat avec cuirasse et casque grec orné de crin de cheval. Une barbe courte et frisée encadrait son visage grave ; elle avait dû être brun foncé, mais beaucoup de gris s'y mêlait à présent. Ses lèvres bien ourlées recouvraient de belles dents, et son nez fin et bien proportionné donnait à son visage une expression toute particulière.

De chaque côté, des plis profonds témoignaient d'une forte volonté et des combats qu'il avait livrés. Ses yeux bleu-gris et lumineux avaient la bienveillante gravité de l'homme mûr. Ils pouvaient avoir une expression courageuse et même courroucée, puis à nouveau rayonner d'amour comme les yeux d'un enfant heureux. Son lourd casque ombrageait son front haut barré de rides profondes. Ses larges mains paraissaient capables d'empoigner rudement ; on voyait qu'elles savaient conduire la charrue aussi bien que le cheval, qu'elles s'entendaient à manier l'épée, mais qu'elles pouvaient aussi diriger sagement les biens communs, la cour et l'armée. La supériorité maîtrisée s'exprimait dans toute la manière d'être de Priam. Chacun levait les yeux vers lui avec confiance.

Hector, également en tenue de guerrier, se joignit à lui. Il était plus grand et plus mince que Priam. La souplesse de ses mouvements révélait qu'il était lui aussi passé maître dans le maniement des armes. Son visage avait la chaude couleur brune du sud, toute pénétrée de soleil. Ses cheveux châtain foncé tombaient en boucles courtes sur son front et ses tempes.

Ses grands yeux sombres pétillaient de gaieté et de force. L'harmonie entre le corps et l'âme, de même que la simplicité et la clarté, émanait de sa personne.

Hector lui aussi portait un casque argenté. Une cape blanche, qui recouvrait sa cotte de mailles, était posée sur ses épaules. Il saisit son bouclier avec fougue et se précipita hors de la pièce en poussant un cri d'allégresse ; il espérait remporter une nouvelle victoire en se mesurant à ses frères dans le maniement des armes.

A ce moment-là, la tenture de la pièce voisine s'écarta et une fillette gracile apparut dans l'encadrement de la porte. Son vêtement de style grec laissait libres ses bras et ses épaules sur lesquelles retombait une abondante chevelure sombre et ondulée, retenue sur le front par un large ruban blanc. Son visage mince, avec son nez fin, ressemblait à celui d'Hécube ; seules ses pommettes étaient plus larges, et son front plus arrondi et plus haut. Ses yeux d'un bleu-gris soutenu brillaient, grands et sérieux.

Elle tendit ses petites mains énergiques vers son père qui allait entreprendre une expédition lointaine, tandis que son visage exprimait l'amour et une timide vénération.

L'instant où Priam lui annonça son projet fut pour Cassandre le premier pas vers sa destinée.

On avait bien pris soin d'elle jusqu'alors. Elle était servie avec dévouement par les servantes, aimée de ses frères et soeurs et protégée avec sollicitude par les yeux vigilants de sa mère.

Aussi pure que rare, cette fleur grandissait comme un bouton qui n'a pas encore atteint l'heure de sa maturité et qui est ombragé et protégé par les feuilles et les fleurs qui l'entourent.

Une Lumière s'était levée au-dessus des murs de Troie, la Lumière de l'illumination des générations futures ! La Volonté la plus sublime avait envoyé cette Lumière avant même que le grand peuple des Grecs n'ait pu semer le germe de la décadence à l'intérieur des murs de Troie.

Une enveloppe avait dû être formée pour Cassandre sous la forme terrestre d'une saine enfant de descendance royale. Il avait aussi fallu préparer le terrain sur lequel elle pouvait se développer pour devenir le flambeau du monde et le salut de la femme, pour renforcer et guider l'esprit, pour entretenir la vie et guérir les peuples !

Dans les murs de Troie, personne ne savait encore quel joyau leur était confié. Ce peuple de bergers, de même que ses princes, était doué d'un sens naturel inné pour tout ce qui touche à l'essentiel de la vie terrestre. Leur ville avait tout pour devenir un point de jonction pour le commerce, la navigation et toutes les branches florissantes de l'art et de la science, de même qu'un pont vers les royaumes fermés de l'Orient.

Voilà pourquoi Troie fut subrepticement observée par-delà les mers, jalousée, et souvent même combattue ouvertement, si bien que les bergers et les paysans pacifiques durent s'endurcir pour devenir des guerriers. Cela put se réaliser parce que ces gens étaient foncièrement sains et naturels. Ouverts à tout ce qui est pur et clair, ils furent guidés par une Force éminente. Ils servaient les dieux comme des enfants purs et confiants avec la même force, la même simplicité et la même fidélité dont ils faisaient preuve dans leur vie terrestre tout en progressant.

Depuis les Hauteurs sublimes dont ils ne soupçonnaient pas encore l'existence, une aide avait été envoyée à ce peuple en la personne de Cassandre afin qu'il poursuive son ascension.

Lorsque Cassandre eut quinze ans, une impulsion aussi violente qu'impétueuse s'empara de son âme. Elle cherchait à fuir la maison et ses multiples activités et, dès qu'on ne prêtait plus attention à elle, elle allait dans les jardins dont les secrets ombrages invitaient à la réflexion et à la rêverie. Elle recherchait la solitude.

Par contre, elle était gaie et active lorsqu'elle se trouvait au milieu de ses frères et soeurs ou qu'elle exécutait des tâches domestiques. Elle aimait être avec les servantes, car elle voulait toujours qu'on lui donne quelque chose à faire. De plus, son esprit vif s'efforçait d'avoir une vue d'ensemble sur tout ce qui se passait dans la maison et ses dépendances et d'en rendre fidèlement compte à sa mère.

Elle se sentait particulièrement attirée par les animaux et elle surveillait en silence et avec la plus grande attention la façon dont on prenait soin d'eux. Voilà pourquoi les valets l'aimaient beaucoup et se réjouissaient lorsqu'ils entendaient sa voix claire et sonore dans la cour. Un doux sourire se glissait alors sur le visage du vieillard le plus renfrogné. Tous levaient les yeux de leur travail pour la saluer et échanger quelques mots enjoués lorsqu'elle passait.

Elle s'occupait avec prédilection des animaux faibles ou malades. Le premier palefrenier prétendait même que le grand taureau noir serait mort si Cassandre n'avait pas, de sa mignonne petite main, massé à temps la tête bouclée de l'animal.

Et pourtant, une gravité muette et surprenante s'emparait tout à coup d'elle, la poussant à rechercher la solitude des jardins. Elle allait voir les statues des dieux qui, blanches et muettes, la regardaient du haut de leurs niches sombres parmi les arbres. L'ombre des lauriers l'attirait particulièrement et elle croyait entendre des sons merveilleux dans la grotte d'Apollon chaque fois qu'elle passait devant d'un pas léger. Cependant, elle n'osait ni y pénétrer ni même rester à l'entrée. Farouche comme une biche, elle passait en bondissant et se cachait à proximité.

Un jour, à midi, alors que tous étaient dans le château pour se protéger de l'ardeur du soleil, elle fut une fois de plus attirée par la fraîcheur du bosquet et par ses ombres profondes. Une douleur violente et oppressante lui serrait la tête comme un étau, la paume de ses mains et la plante de ses pieds étaient brûlantes. Ses yeux brillaient de larmes retenues, une douloureuse oppression étreignait son coeur qui battait à tout rompre comme s'il voulait échapper au poing écrasant d'un géant.

Cassandre ne se reconnaissait plus elle-même. Elle ne savait pas où était sa place, rien ne la liait à ses frères et soeurs ; en cette heure, rien ne la rattachait à ses parents, à la cour ou à la maison. Elle ne pensait pas à son père qu'elle aimait tant et qui était au loin, ni à son frère Pâris dont les nouvelles confuses et inquiétantes étaient venues jusqu'à eux par-delà les mers.

Cette fois encore, elle arriva devant la grotte d'Apollon. Les rayons du soleil se reflétaient dans sa coupole et plongeaient la blanche statue du dieu dans l'auréole rayonnante de son astre. Une source jaillissait doucement ; sa fine bruine s'irisait elle aussi à la lumière du soleil.

En un sentiment de crainte, fait à la fois de douleur et de nostalgie pour quelque chose d'inconnu, Cassandre s'abandonna entièrement au charme de cette heure.

Elle respira profondément et ferma les yeux : elle avait l'impression qu'ils avaient fait pénétrer en son âme les nuages qui passaient, de même que le lumineux ciel bleu, et qu'elle volait comme un oiseau dans ce lieu fleuri. Elle se sentait si légère !

C'est alors que, venue de lointains infinis, une grande et claire lumière s'approcha d'elle, entourée de nombreux cercles colorés qui résonnaient en de vibrants accords. L'âme largement ouverte, Cassandre écoutait.

Une belle et lumineuse tête bouclée se pencha vers elle et l'effleura de son souffle, réveillant ainsi en elle le don de la sagesse et de la prophétie qu'une force supérieure lui avait donné pour l'accompagner sur son chemin terrestre.

Pour le temps qu'elle avait à passer sur cette Terre, elle bénéficiait de la protection des aides les plus éminents de l'essentialité. Elle avait vu Apollon s'approcher d'elle. Il lui avait enlevé l'un des bandeaux qui recouvraient ses yeux, si bien qu'elle put voir le royaume de l'essentialité dans lequel elle crut trouver sa patrie.

Le soleil du soir descendait déjà lorsque Cassandre revint à elle. Sa tête était claire et son corps rempli de force, sa tristesse s'était envolée, ses yeux resplendissaient comme deux soleils éclatants. Pour la première fois en disant les paroles d'une prière, elle sentit son âme vibrer en harmonie et elle s'en réjouit.

A partir de ce jour, Cassandre se transforma de façon visible. La fougueuse enfant devint une jeune fille calme et réfléchie dont les yeux brillaient. Un lumineux rayonnement émanait de sa personne : c'était l'éclat de la pureté et de la fraîcheur d'un être candide. Une claire lumière illuminait son front. Tous la regardaient avec étonnement chaque fois qu'elle se rendait à l'improviste auprès des servantes ou qu'elle pénétrait dans le cercle des femmes, et l'on commença à chuchoter discrètement à son sujet.

«Ne dirait-on pas que l'une des éternelles l'a consacrée pour le service ?» dit la triste et silencieuse Andromaque qui, le coeur plein d'inquiétude, attendait jour après jour le retour de son époux parti au loin.

Le temps passa très vite. Ce fut une époque heureuse pour Cassandre. Sous la conduite de forces supérieures, elle fut initiée aux lois de la nature après que le bandeau qui recouvrait son oeil spirituel lui eut été retiré.

Elle ne voulut pas recevoir la consécration des prêtresses. Elle ne participait pas aux chants pieux dans les temples. Voilà pourquoi les prêtres ne l'aimaient guère. Elle était modeste et silencieuse, et parfois sauvage lorsqu'elle ressentait dans le comportement erroné des courtisans le manque de naturel si contraire à sa propre nature. En de tels instants, elle aurait préféré fuir loin du château de ses parents, vers les régions qu'Apollon lui permettait de contempler.

Cependant, chacune de ses souffrances, qu'elle acceptait calmement et sans rien dire, lui apportait une riche récompense faite de connaissances plus hautes et d'épanouissement personnel. Avec beaucoup d'amour, elle cherchait à faire bénéficier ses semblables des fruits de sa riche expérience, mais elle avait l'impression qu'ils ne pouvaient comprendre ce que ses mains ouvertes voulaient offrir avec tant de générosité et de félicité. Ils ne voyaient pas la délicate activité des Lois qui, rayonnante, commençait à émaner de Cassandre et aurait attiré sans réserve ce qui était en affinité avec elle, l'amour attirant l'amour.

Or, les êtres humains étaient vides, incapables de donner et même de recevoir. Ce fut pour Cassandre une amère souffrance, et elle referma ses mains ouvertes. Seuls les derniers des valets, seuls les plus pauvres d'entre les pauvres qui mendiaient aux portes, et surtout les animaux, allaient vers elle avec amour.

Un merveilleux savoir sur les plantes s'ouvrit à son esprit. Afin de pouvoir retenir tout ce qui lui était révélé par la force d'Apollon, elle apprit l'art de l'écriture.

Un jeune érudit grec originaire d'Athènes, qui avait échoué sur la côte de Troie lors d'une tempête et avait été bien accueilli dans la cité, devint son instructeur. Cependant, elle ne lui parla jamais de la véritable raison qui la poussait à apprendre.

Les minéraux, les forces de la terre, et jusqu'aux forces des éléments, se révélèrent également à son esprit ouvert, et bien des secrets lui devinrent compréhensibles.

Elle reconnaissait souvent les causes de toutes les insuffisances et de toutes les faiblesses humaines, et son désir d'aider était si grand qu'elle trouvait toujours un moyen pour apporter la guérison.

Une rayonnante activité faite de forces spirituelles secourables commença à se former autour de Cassandre qui se trouvait constamment dans une claire lumière contre laquelle tout ce qui était ténébreux ne pouvait que se heurter. Cependant, elle constata douloureusement que son entourage ne se transformait pas. Personne ne se donnait la peine de la comprendre ni de la suivre.