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La Vérité sur les Incas (Page 2)
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Les maladies n’existaient pas
Les Incas de ce temps-là ignoraient la maladie. Ils naissaient parfaitement sains, s’alimentaient convenablement, respiraient de la bonne manière et, ainsi, ils pouvaient quitter la Terre en bonne santé, tout en ayant atteint un âge avancé. Leurs Sages enseignaient que la durée de vie de chaque individu est déjà prédéterminée avant la naissance et que par conséquent, toutes les fonctions du corps devaient exécuter leur travail jusqu’au bout, sans perturbation. Il n’y avait donc aucune raison pour ne pas rendre le corps physique en
bon état à la terre, tel qu’il avait été reçu.
Le mot « mort » était étranger aux Incas. On disait alors de celui qui mourait qu’il partait pour « le grand voyage », voyage qu’il ne redoutait pas étant donné qu’il n’avait pas commis de faute. Cet événement faisait partie de la vie au même titre que « l’arrivée » en ce monde, c’est-à-dire la naissance.
Leurs astronomes scrutaient fréquemment la voûte étoilée suivant les voies étroites ou larges, ascendantes ou descendantes et qui reliaient les astres entre eux. Ces voies ressemblaient à des faisceaux de brouillard blanc et brillant que seuls des êtres humains possédant le don de percevoir au-delà de la matière dense terrestre pouvaient appréhender. Les astronomes de beaucoup de ces peuples anciens connaissaient ces chemins célestes. Ce savoir faisait d’eux des maîtres en astronomie.
Les Incas avaient aussi conscience que les conditions de vie dans leurs vallées ne permettaient de faire subsister qu’un nombre limité de personnes. De ce fait, ils veillaient à ne pas dépasser ce nombre, ce qui expliquait le peu de naissances. De leur septième à leur douzième année, les enfants étaient laissés libres. Ils pouvaient aller et venir sans contrainte et jouer comme ils le voulaient. En général, ils quittaient le foyer familial au lever du Soleil et y retournaient peu avant que les « yeux de la nuit » ne
luisent dans le ciel.
Les enfants passaient fréquemment leurs journées dans les pâturages lointains où ils s’amusaient avec les petits des alpagas, lamas ou moutons. Quand ils avaient faim, ils cherchaient des baies qui poussaient sur les versants des montagnes. Il leur arrivait d’entrer dans les grottes pour rendre visite aux pumas ou bien, ils grimpaient
jusqu’aux aires des aigles pour y compter les oeufs.
Insouciants, les parents ne les entravaient pas car ils savaient que leurs enfants n’étaient jamais seuls. Ils étaient toujours accompagnés par de petits mais puissants gardiens : les Pillis. Ces derniers étaient dignes de la confiance que les parents leur accordaient. Il n’arrivait jamais aucun mal aux enfants, en dépit de leurs descentes le long des
pentes escarpées ou de leurs escalades vers les nids d’aigles d’accès difficile. Il est vrai qu’ils s’écorchaient contre les pierres ou encore s’égratignaient au contact des arbustes épineux mais c’était tout.
Dans la cinquième année de sa vie, chaque enfant recevait un nom. Ce nom était gravé sur une plaque ronde en or représentant le Soleil et suspendue à un ruban autour de son cou. Tous les Incas étaient fiers de cet insigne solaire dont ils ne se séparaient jamais. C’était d’une certaine manière, la preuve de leur appartenance au Seigneur du Soleil, Inti.
La Comète
Les Incas formaient un peuple heureux, à la fois spirituellement et matériellement. Ils osaient rêver encore d’un Paradis quand, déjà, tous les autres peuples avaient perdu le chemin qui y conduit.
Beaucoup d’événements se sont produits depuis. Les vallées et leurs champs de culture en terrasse ont disparu. Les différentes éruptions volcaniques, les tremblements de terre et les éboulements ont complètement enseveli tout ce que les hommes de cette époque avaient bâti à cet endroit. Mais bien avant que les esprits de la montagne ne fissent bouger les roches, le peuple inca, si heureux, avait déjà été guidé, loin, vers un pays où son destin devait s’accomplir.
Puis, le grand jour devenu inoubliable pour les Incas arriva. Ils venaient de se rassembler sur la place des dévotions et tournaient, comme toujours, leur regard en direction du ciel pour saluer le Soleil, les mains levées. Soudain, ils virent un jeu de lumière extraordinaire. L’astre était entouré de larges cercles colorés qui donnaient l’impression de vibrer, de même, toute l’atmosphère n’était que vibrations. Ils entendirent un bruissement sourd, un bruit étrange mêlé à des voix joyeuses. Sans vraiment comprendre ce qui se passait, plusieurs d’entre eux s’exclamèrent :
« Une comète ! Une comète ! »
En effet, une comète traversait alors le firmament. Une comète ayant une queue si longue qu’elle allait d’un bout à l’autre du ciel.
« Ce n’est pas une comète ordinaire ! » dit pensivement l’un des astronomes.
- Elle est d’un genre particulier et apporte un présage. La venue d’un tel astre chevelu est toujours liée, sur la Terre, à un événement d’ordre mondial. Remplis de recueillement et le coeur serré par une nostalgie inconsciente, ils regardaient tous le ciel.
« Elle s’éloigne ! » observa l’une des femmes tandis que les larmes coulaient sur son visage.
C’est alors qu’ils commencèrent tous à pleurer, comme si leurs âmes avaient été ébranlées par une immense douleur. Mais une joie inexpliquée se mêlait à cette souffrance. Personne ne réalisait encore ce qui venait d’arriver. Les sentiments les plus contradictoires surgissaient en eux.
« Pourquoi pleurons-nous ? » demanda une jeune fille. « Les voix que nous avons entendues étaient pleines d’allégresse. »
Les larmes avaient ébranlé ces êtres humains qui ne connaissaient pas la peine et qui, durant leur vie, n’avaient eu que peu d’occasions de pleurer. Les astronomes suivaient avec les yeux de leur esprit la trace de la comète. Vers quelle partie de la Terre et à quel peuple était-elle destinée ?
« Elle annonce la naissance d’un Esprit des sublimes Hauteurs. Un tel événement s’est déjà produit plusieurs fois depuis qu’il existe des êtres humains sur Terre ! » déclara l’un d’entre eux.
L’homme qui avait étudié les traditions aquiesça d’un signe de tête, il savait qu’une autre comète avait été visible sur Terre, il y avait longtemps, annonçant déjà la naissance d’un être de haute lignée. Le bruissement et les couleurs chatoyantes autour du Soleil s’estompèrent. Quel était donc cet Esprit élevé qui venait sur Terre, accompagné d’une comète ?
Au même instant, cet Esprit sublime, vers qui toutes les pensées étaient tournées, voyait le jour dans une étable de Bethléem. Cette naissance est survenue, en fait, douze ans avant la date officielle fixée par l’Eglise comme étant celle de la
naissance de Jésus.
Les Incas n’oublièrent jamais cette comète car, le même jour, la prophétie qui leur avait été transmise par leurs ancêtres s’était accomplie. Cela se déroula peu avant le crépuscule. Les Sages, tous clairvoyants et clairaudiants, se trouvaient réunis dans la Maison du Conseil. L’aspect de la comète avait soulevé chez eux les sentiments
les plus contradictoires : inquiétude, attente radieuse, tristesse…
« Un Messager arrive ! » annonça le prêtre, en brisant le profond silence.
Une joie pleine d’espoir les fit tous tressaillir. Puis, écoutant attentivement, ils levèrent la tête. Au même moment, ils perçurent le tintement particulier de la cloche annonçant les « messagers ». L’air tout entier paraissait être imprégné de ce tintement. Soudain, une brume blanche inonda le lieu et le silence régna à nouveau.
Nimbée de ce brouillard blanc, une haute silhouette leur apparut. Pendant un moment, on put distinguer un visage aux traits métissés et à la carnation dorée, éclairé par des yeux indiciblement brillants. Une voix harmonieuse qui fit trembler les Sages résonna dans la salle :
« Je suis envoyé sur un ordre supérieur ! » comprirent-ils en leurs âmes. « Je viens pour vous guider hors de ces vallées et vous indiquer les chemins que vous allez
prendre désormais ! D’autres avant vous ont entendu un appel semblable, pour que leur destin s’accomplisse. Aujourd’hui, ils vivent au pays de Tupan-an. Le bonheur
et la paix règnent parmi eux ! Vos chemins vous conduiront aussi en dehors de ces vallées mais dans une direction différente.
Ailleurs, vivent des êtres humains originaires de la même patrie spirituelle que vous. Mais ils sont tombés dans une misère spirituelle et implorent du secours. Vous avez été choisis pour les aider car vous êtes leurs semblables. Vous détenez la force et le savoir qu’il faut pour cela. Enseignez-les avec amour, bonté, dignité et patience ! Guidez-les pour qu’ils retrouvent le chemin perdu ! Vous êtes appelés à régner tout en servant ! Préparez-vous, car je reviendrai sous peu. »
L’envoyé disparut mais le sens de son message se grava en lettres de feu dans leurs coeurs. Dans la Maison du Conseil, les Sages n’étaient pas les seuls à avoir entendu sa voix. Les femmes et les jeunes filles avaient interrompu leur travail afin d’écouter cette annonce hors du commun qui imprégna leurs âmes. Le jour qu’ils attendaient inconsciemment était arrivé. Où l’envoyé allait-il les conduire ?
Les Incas se fiaient sans limite à leurs guides spirituels et ils exécutaient sans faillir leurs décisions. Rien ne pouvait troubler cette confiance. Le doute, l’insécurité ou la peur du futur leur étaient totalement étrangers. Dès le lendemain, ils commencèrent donc les préparatifs du départ. Une joyeuse attente illuminait leurs âmes. On avait besoin d’eux. Il leur était permis de se rendre utile auprès d’autres êtres humains inconnus. On ne pouvait imaginer grâce plus insigne.
L’exode
En quelques jours, tous les Incas furent prêts à quitter leurs vallées et à se rendre vers une destination encore inconnue. Pour la première fois, ils employèrent les lamas comme bêtes de somme. Il faut dire que, dès l’âge le plus tendre, les enfants montaient ces animaux dociles mais jamais ils ne les avaient utilisés pour transporter des fardeaux. Cependant, le moment venu, ils se laissèrent charger de bonne grâce.
Les Incas n’emportèrent que le strict nécessaire : vêtements, couvertures et sacs de couchage pour les enfants, quelques outils, des arcs et des flèches, des semences, de
la laine filée et des cordes « quipu » ainsi que des « cunos » pour se nourrir durant le trajet. Les cunos étaient des boulettes dures à base de farine de pomme de terre gelée. Très nutritives, elles se conservaient très longtemps et il y en avaient toujours une grande quantité en réserve.
Le départ fut différé de quelques jours. En effet, un « Rauli » s’était approché du Sage Bitur afin de lui prodiguer quelques conseils pour le bon déroulement du voyage. Il lui recommanda entre autres :
« Pour la première fois, vous allez vous trouver face à des êtres humains malades qui attendent que vous les guérissiez. Ramassez de la mousse rouge, récoltez la résine des arbres, des semences, des petits fruits jaunes et durs et emportez tout cela avec vous dans des pots en terre fermés. Mélangés, ces ingrédients donnent un incomparable liquide curatif qui nettoie et cicatrise les blessures. »
Lorsque le Rauli se tut, Bitur le remercia d’un signe de tête pour lui signifier qu’il avait tout compris. Le Rauli était un esprit de la flore. En tant que tel, il connaissait les forces curatives cachées des plantes et il savait aussi comment et sur quel endroit du corps elles devaient être appliquées. Son apparition fut considérée comme un événement
important et chacun pressentait qu’il y avait encore beaucoup à apprendre en ce qui concernait les autres humains. La composition du liquide curatif leur suggérait que les maladies qu’ils allaient rencontrer étaient malignes.
Après le départ du Rauli, des groupes se formèrent pour recueillir des résines, ramasser des mousses et des petits fruits dans les forêts et vallées situées en contrebas. Plusieurs jours passèrent. Mais l’heure arriva où, pour la dernière fois, ils se réunirent dans leur lieu de dévotions pour chanter des louanges au Dieu-Créateur. Un de ces chants avait le sens suivant :
« Seigneur de l’Univers ! Créateur de la Lumière ! Créateur de la Vie ! Tu résides en des Hauteurs qui nous sont inaccessibles. Nous vivons dans les profondeurs, sur une étoile.
Seul notre amour s’élève vers Tes Hauteurs. Accepte-le. Nous sommes peu de chose cependant, nous sommes aussi Tes créatures. »
De ces chants se dégageaient la joie, la gratitude mais aussi une certaine mélancolie. Mélancolie d’être obligés de quitter leurs animaux bien-aimés vivant près d’eux, en toute liberté. Aussi loin qu’ils pouvaient se souvenir, les animaux avaient toujours été leurs compagnons.
Le jour du grand départ, presque tous pleuraient. Ils regardaient leurs solides petites maisons de pierres, les rigoles qui alimentaient leurs demeures en eau, leurs champs cultivés et leurs prairies fleuries. Cependant, la tristesse ne dura pas longtemps car leur attention fut attirée par Inti, le Seigneur du Soleil.
Admiratifs, ils levèrent les yeux, redécouvrant les multiples cercles colorés, semblables à ceux qu’ils avaient aperçus lors du passage de la comète. Mais maintenant,
les cercles et les irradiations étaient plus intenses et plus flamboyants. Tous ressentirent intuitivement que Inti leur transmettait un message, un message de confiance et de sécurité.
« Inti est avec nous ! » s’exclama joyeusement une femme.
« Il demeurera avec nous, partout où nous irons. » En souriant, ils firent tous signe au Soleil.
« Les animaux resteront sous sa protection ! » s’exclama à son tour une jeune fille confiante. « Inti a toujours été leur maître sur Terre depuis des temps immémoriaux. »
Le Sage San, en tête du groupe, donna le signe du départ. C’est ainsi que les Incas abandonnèrent leur patrie terrestre, au cours du sixième mois de l’année, mois des festivités du Soleil. Cependant, le bonheur et la joie habitaient toujours leurs coeurs. Les premiers jours, ils prirent la route qu’ils avaient eux-mêmes tracée.
C’était la saison où les fleurs s’épanouissent de toutes parts en altitude et où les baies rouges et noires, en abondance dans cette région des Andes, mûrissent sur tous les versants des montagnes. La nuit, ils dressaient leur campement à proximité des ruisseaux et des prairies où les animaux pouvaient paître.
Le messager ne se montra plus. Pourtant, ils avaient la certitude que, d’une manière ou d’une autre, il se manifesterait de nouveau pour continuer à leur indiquer la voie. Pendant les premiers jours, les voyageurs furent escortés par un grand nombre d’aigles.
Jamais ils n’avaient vu autant de rapaces ensemble. Les aigles volaient à une certaine altitude, pour disparaître au coucher du soleil et réapparaître le lendemain. Fréquemment, le regard des Incas se posait sur les sommets des montagnes. Ils apercevaient alors les géants leur faisant signe joyeusement, malgré cette séparation.
« Les géants seront aussi présents dans notre future patrie que nous ne connaissons pas encore ! » se consolaient-ils mutuellement.
« Si ce n’est pas en montagne, ce sera au moins dans les nuages. »
Le nouveau guide
Le matin du cinquième jour, lorsque les Incas arrivèrent au bout de la route qu’ils avaient construite, les aigles demeurèrent invisibles.
« Les aigles nous ont accompagnés pendant une partie du trajet et maintenant ils sont repartis vers leur lieu de nidification! » expliqua l’un des sages à tous ceux qui s’interrogeaient à leur sujet.
Il promena ensuite son regard vers les cimes couvertes de neige qui scintillaient dans la lumière du Soleil naissant comme des cascades gelées. Les Incas étaient encore
dans ces montagnes qu’ils connaissaient et aimaient où, pendant la journée, les roches devenaient chaudes comme le feu ; la nuit, elles gémissaient, craquaient et grondaient en se contractant sous l’effet du froid.
Quelques enfants accroupis jouaient avec les poussins des poules des montagnes, tout en gardant leurs animaux qui paissaient.
Soudain, ils s’exclamèrent : « Un aigle ! Un aigle ! »
C’était réellement un aigle d’une blancheur resplendissante qui semblait planer sur un nuage coloré.
« Il paraît comme figé au-dessus de nous ! Pourquoi ne continue-t-il pas à voler ? » s’écrièrent les enfants avec animation.
Enthousiasmés, les adultes observaient l’aigle qui ressemblait davantage à une apparition de la Lumière.
« Il est temps de repartir. Ne laissons pas notre nouveau guide attendre plus longtemps ! » dit San avec sérieux. Tous rirent joyeusement. En effet, le « messager » leur envoyait un guide vraiment surprenant.
Le voyage poursuivit son cours. Mais à partir de ce moment là, les chemins commencèrent à devenir pénibles et rudes. Cependant, bien disposés, joyeux et guidés par un aigle blanc, les Incas continuaient de progresser vers leur destination inconnue. Ce long périple leur fut fructueux car ils étaient toujours avides de nouvelles connaissances et de découvertes.
Ainsi germa en eux le projet d’une route traversant les montagnes et menant plus loin, vers des contrées inconnues. Cette route, à laquelle travaillèrent plus tard de nombreuses générations, devint réalité. De la même manière, ils eurent l’idée d’édifier des ponts lorsqu’ils durent franchir à gué un large fleuve.
Une fois, des gouffres profonds les empêchèrent de continuer dans la direction prévue. Ils durent faire un long détour qui les mena jusqu’aux limites des neiges. Ce fut une ascension pénible mais cela aussi prit fin. Peu avant que le chemin ne descende à nouveau, le souriant Rauli réapparut.
Il se tenait entre quelques rochers et faisait signe avec agitation à Bitur qui suivait San. Bitur vit aussitôt les plantes que le Rauli lui indiquait. Il s’agissait d’herbes rases, bleutées, ressemblant à des algues, à moitié couvertes par la neige fondue et qui poussaient dans la rocaille.
« Vous aurez aussi besoin de ces végétaux, souvenez-vous en bien ! » conseilla le Rauli.
Bitur n’eut même pas le temps de demander à quoi servirait la plante que le Rauli avait déjà disparu. Hésitant, il sortit une poignée de ces algues de l’eau et les essuya. Il les plaça ensuite soigneusement dans son sac de voyage. Puis, il en froissa une feuille et huma son parfum. Pourtant, les Incas ne s’attardèrent pas car ils devaient trouver, avant le coucher du Soleil, un emplacement où passer la nuit.
Quelques jours plus tard, un fort glissement de terrain leur barra de nouveau le chemin. Cette fois, ils durent descendre par une vallée encaissée. Dans cette gorge, il y avait des morceaux de poterie de toutes tailles et de toutes couleurs, des vases intacts en céramique, peints en bleu et rouille. Sur le tronc d’un arbre couché, était adossée
une plaque de pierre de forme allongée sur laquelle était sculpté, en relief, un être humain à tête de chat. Personne ne porta attention à ces vestiges d’une culture qui avait sûrement existé jadis, en ce lieu. Chacun voulait fuir au plus vite cette gorge sinistre.
« Il règne ici une forte odeur de décomposition ! » constata la femme de San, en jetant un regard circulaire, comme si elle cherchait quelque chose.
« Tu ne trouveras rien ! » fit remarquer San. « Tout témoigne que la montagne a englouti tous ceux qui, autrefois, vivaient ici.
– Englouti ? » répondit sa femme d’un air dubitatif. « Mais je croyais que les esprits des montagnes ne tuaient pas les êtres humains !
– Bien entendu, ceux-ci ont été exhortés à quitter la région. Les entéaux agissent toujours ainsi quand un danger menace sur les montagnes », expliqua San.
Quand ils arrivèrent à la sortie du défilé, des exclamations de soulagement se firent entendre. Guidés par un des hommes, les enfants menaient avec assurance leurs montures dans la vallée et progressaient maintenant vers les plaines ensoleillées. Arrivés en haut, ils accélérèrent, ils voulaient s’éloigner au plus vite de cet endroit.
Le jour suivant, une nouvelle surprise se présenta à eux. A proximité d’une source, ils découvrirent deux pierres sphériques qui paraissaient avoir été taillées. Chacune d’elles avait plus d’un mètre de diamètre. Pensivement, ils regardaient ces deux boules rondes et lisses. D’où venaient ces pierres ? Et qui leur avait donné cette forme ?
« Vous rappelez-vous de celle que nous avons trouvée sur notre place de dévotions ? » demanda le prêtre à ceux qui s’étaient attroupés autour, tout en caressant de la main l’une des pierres polies. Seuls quelques anciens se souvenaient.
« En fait, la pierre de dévotion était carrée mais elle était polie tout comme celles-ci », continua le prêtre.
Mais il n’eut pas le temps d’en dire davantage car, au même instant, quelques-unes des jeunes filles qui avaient eu connaissance de l’événement par des récits, s’exclamèrent :
« Ce sont des cadeaux offerts par les géants ! » Le prêtre approuva d’un signe de tête.
« De la même manière que notre pierre de dévotions en était un. »
Seuls les géants étaient capables de déplacer et de travailler des blocs aussi lourds. Mais qui, en ce temps-là, pouvait bien mériter de tels présents ? Quelque fût l’endroit où le regard se posait, rien n’indiquait une présence humaine.
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