Marie-Madeleine (Page 2)

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C'est alors qu'elle entendit une voix les réprimander avec bonté, bien qu'avec fermeté, leur reprochant leur excès de rigueur.

«Souvenez-vous du moment où vous étiez au bord du lac et où vous avez demandé: Seigneur, nous permets-Tu de Te suivre ?»

Marie-Madeleine tomba à genoux, elle joignit les mains et leva les yeux. Celui qui avait parlé ainsi passait justement devant elle.

C'était tellement simple, et pourtant il y avait là tout un monde d'amour, d'avertissement, de remontrance et d'encouragement pour les chercheurs !

«Si cet homme est pénétré d'une telle bonté, toi aussi, Marie-Madeleine, tu peux t'approcher ! »

Voilà ce que lui dit sa voix intérieure. Mais avant qu'elle n'ait vraiment eu conscience de Sa présence, Il était déjà passé. Cependant, Son regard l'avait frappée. Et ce regard avait traversé son âme comme un éclair. Elle avait l'impression que, par ce regard, Il avait percé à jour sa vie entière. Quelque chose d'autre avait attiré son attention : Il avait l'air d'un Romain mais, issu de Lui, un second visage, bien plus lumineux, l'avait regardée.

Elle était toujours agenouillée au bord de la route. Un petit groupe de retardataires approchait. Deux femmes se dirigèrent vers elle. Elles avaient elles aussi le même rayonnement sur le front ; une paix sereine émanait d'elles, ainsi que la sollicitude et la bonté.

Elles relevèrent avec bienveillance celle qui était bouleversée, et elles la prirent entre elles deux. Une onde de force et de réconfort envahit Marie-Madeleine. Ces femmes possédaient ce à quoi elle avait toujours tant aspiré : l'amour et la pureté ; de plus, la simplicité de leur être leur conférait un grand charme. Marie-Madeleine se sentait protégée.

Grâce à leur intuition naturelle, qui s'était réveillée au contact de Jésus, elles pressentaient que cette femme avait eu une vie difficile. Elles lui proposèrent aimablement conseils et aide.

Marie-Madeleine ne parla pas beaucoup ; elle en aurait été incapable. Son âme était troublée et horrifiée lorsqu'elle se comparait à ces femmes, et elle sut dès cet instant qu'il lui manquait ce qu'il y avait de plus beau, le bien le plus précieux que possédât la femme : la pureté.

Alors l'idée que Jésus pourrait la repousser se mit à la tourmenter. Plus elle examinait attentivement la nature de ces deux femmes, plus elle se considérait comme perdue.

Lorsqu'elles arrivèrent enfin à une auberge et que Marie-Madeleine fut installée dans une petite pièce propre, l'une des femmes lui donna quelque chose à manger, puis elles partirent en lui recommandant de commencer par se reposer. Elles promirent de revenir la voir bientôt.

Mais après un court repos, Marie-Madeleine ne supporta plus de rester sur sa couche. Elle sortit de la maison en toute hâte et marcha rapidement à travers les rues. C'était déjà le soir. Elle suivit une étroite ruelle bordée de hauts murs. Elle s'arrêta devant une grille et tendit l'oreille vers le jardin en fleurs. Il lui sembla entendre une voix qui venait de la galerie ouverte de la maison située à l'autre extrémité du jardin, et cette voix fit tressaillir son coeur. Un seul pouvait parler ainsi.

Celui qui a entendu, ne serait-ce qu'une fois, la voix de Dieu et lui a ouvert son âme, la connaît et ne l'oublie plus jamais. Il en alla ainsi pour Marie-Madeleine. De nouveau, elle ressentit en son coeur un léger tressaillement, de nouveau elle eut l'impression que ses jambes se dérobaient sous elle, et de nouveau une onde de chaleur et de félicité la traversa, immédiatement suivie de l'amère douleur due à son indignité. Elle était si bouleversée qu'elle oublia tout ; seul parlait encore en elle son esprit rempli de nostalgie qui la poussait aux pieds du Seigneur, tout comme il s'était dé) à agenouillé devant Sa Force. Son esprit se souvenait de prières et de serments dont son intellect ne savait plus rien.

C'était peu avant la fête de Pâques ; Jésus avait l'intention de se rendre à Jérusalem avec Ses disciples. Ils étaient les hôtes de Simon et se trouvaient assis dans la galerie ouverte donnant sur le jardin et les maisons qui bordaient la place du marché. La nuit était tombée, les branches des grands pins bruissaient doucement. Une multitude de fleurs répandaient leurs parfums jusque dans cette galerie.

Jésus était particulièrement silencieux. Il était assis au milieu de Ses disciples, et une légère tension planait sur eux tous ; ils pressentaient qu'un changement fâcheux allait se produire dans le cours des événements et qu'ils ne pouvaient l'éviter.

On entendit alors des pas hâtifs dans le jardin, ainsi que la voix du gardien. Mais la femme qui arrivait ne se laissa pas retenir. A pas légers et rapides, comme si elle craignait de perdre elle-même courage au dernier moment, elle gravit les marches et se dirigea vers Jésus. Elle s'inclina profondément devant Lui et Lui baisa les pieds. Le voile souple qui l'enveloppait presque entièrement glissa, et son abondante chevelure d'un blond doré retomba sur son visage. Les larmes coulaient irrésistiblement de ses grands yeux qui, suppliants, se levèrent vers le Seigneur. Jésus s'était légèrement retourné et la regardait patiemment, mais avec beaucoup de gravité.

Quant aux disciples, et surtout au maître de maison, ils trouvaient inconvenant que cette femme les dérangeât. Simon dit à Jésus :

«Je sais que c'est une grande pécheresse ! Ne veux-Tu pas la renvoyer ?»

Simon était pharisien. Jésus le regarda, puis, ayant examiné attentivement tous ceux qui faisaient cercle autour de Lui, Il secoua doucement la tête en disant :

«Simon, écoute ce que je vais te dire : un créancier avait deux débiteurs ; l'un devait cinq cents deniers, et l'autre cinquante. Mais, comme ils ne possédaient rien ni l'un ni l'autre, il leur remit leur dette à tous deux.

Regarde cette femme, elle m'a lavé de ses larmes et elle a oint mes pieds. Et toi, as-tu fait de même ?

Bien des péchés lui sont pardonnés, car elle a donné beaucoup d'amour. Mais à celui qui aime peu, il sera peu pardonné.

Marie-Madeleine, tes péchés te sont pardonnés. Ta foi t'a sauvée. Va en paix ! »

Et Marie-Madeleine se releva et sortit. Elle se sentait délivrée d'un lourd fardeau.

Cependant, ceux qui étaient assis autour de la table s'étonnèrent grandement que Jésus pardonnât les péchés.

Marie-Madeleine était entourée d'une enveloppe lumineuse qui l'éclairait. Elle était heureuse. Elle avançait comme dans un rêve, sans savoir comment elle était rentrée. Elle retrouva bientôt les autres femmes ; elle était littéralement attirée par elles. Elle sentait qu'elle pouvait à présent leur parler sans retenue et les interroger sur tout ce qui émouvait son âme.

Elle remarquait constamment la simplicité et le naturel avec lesquels elles accueillaient tout ce qui se présentait au cours de la journée et la joie avec laquelle elles saisissaient tout ce qui pouvait les faire progresser, elles et d'autres, en quelque domaine que ce fût.

Elle observait chacune de leurs réactions ; elle ressentait leurs intentions et leurs pensées et, l'âme grande ouverte, elle était à l'écoute de leurs paroles ; elle voulait apprendre d'elles, car elle savait que Jésus Lui-même les avait guidées et bénies.

Elles lui parlèrent de Jésus, et chacune de leurs paroles reflétait leur fidélité, leur amour et leur dévouement pour le Seigneur.

Marie-Madeleine devenait toujours plus silencieuse et plus modeste ; elle écoutait en elle-même et ne se reconnaissait plus. Où étaient les nombreuses émotions et les pensées qui d'ordinaire l'agitaient sans cesse, la rendant parfois si inquiète, si arrogante et si passionnée ? Le calme était en elle, et seul vibrait en son âme un son pur pareil à la claire résonance d'une cloche. Une lumière s'était embrasée en elle, et elle priait sans avoir à chercher ses mots.

La nuit, elle restait souvent éveillée sur sa couche étroite et dure, mais ces nuits de veille lui apportaient davantage de force et de réconfort que le sommeil le plus profond n'aurait jamais pu le faire. Elle savait, en se levant le matin, que toute sa vie devait devenir nouvelle. C'est pourquoi elle décida de prier Jésus de l'autoriser à Le servir, comme le faisaient les autres femmes.

Elle voulait se détacher de sa vie passée, elle voulait vendre ses biens et ses bijoux, et parvenir à égaler ces femmes en humilité, fidélité et pureté afin de porter, tout comme elles, une lumière rayonnante dans son âme. Elle était guidée de façon merveilleuse. Il lui semblait parfois qu'un esprit secourable était à ses côtés et la conseillait.

Pleine de confiance et entièrement détendue, elle s'abandonna aux émotions de son âme et elle apprit par là beaucoup de choses. Lorsque Jésus parlait, elle était toujours présente. Elle accueillait Sa Parole comme une assoiffée.

Tout d'abord, elle ne retourna pas chez elle, mais elle suivit le Seigneur. Elle savait que Son chemin Le conduisait à Jérusalem, et cela l'oppressait singulièrement. C'est pourquoi elle questionna Jésus alors qu'Il se trouvait seul dans le jardin devant la maison de Simon :

«Seigneur, me permets-Tu de T'accompagner ?»

Il la regarda gravement et dit :

«Ta prière est exaucée. Viens et suis-moi.» Puis Il poursuivit avec bonté :

«Marie-Madeleine, tu seras témoin des événements de Dieu sur la Terre. Mais pour le moment, tu n'en saisiras qu'une petite partie et tu l'annonceras. Ton chemin n'est pas un début comme tu le crois, mais une continuation. Tu reviendras.

Comme toujours lorsque la Lumière divine pose Son pied sur la Terre, vous, les élus, serez présents, à condition que vous ne vous égariez pas.

Vous ne comprendrez le cycle tout entier que lorsque le Fils de l'Homme viendra. Pour l'instant, vous n'êtes pas mûrs pour cela. J'aurais encore tant de choses à vous dire, mais vous ne comprenez même pas ce que vous vivez à présent ; comment pourriez-vous dès lors comprendre l'avenir ?

Je veux vous aider à trouver la Vie ; veillez à la conserver ! Je n'apporte pas le Jugement ; je vous conduis sur le chemin du Royaume de Dieu. Mais quand le Fils de l'Homme viendra, vous me reverrez moi aussi. Car moi et le Père sommes un, et Il est en Lui !»

Marie-Madeleine était intelligente et plus mûre que les autres femmes. Les nombreuses souffrances qu'elle avait vécues la faisaient progresser rapidement. C'est pourquoi elle fut en mesure de comprendre les paroles de Jésus avec une grande facilité, et chaque fois qu'Il lui parlait, elle faisait d'immenses progrès dans son évolution. Elle accueillait Sa Parole avec son esprit et pouvait se la représenter en images ; il lui semblait que toujours plus de Lumière affluait chaque jour en elle. C'est ainsi qu'elle fut peu à peu préparée à reconnaître ce qu'est la Vie.

Mais, de ce fait, elle ressentait aussi l'approche du chemin semé de ronces qui ne pouvait être épargné à aucun d'entre eux sur cette Terre. Elle voyait le soleil aveuglant dont l'éclat faisait de la route une véritable torture lorsque - la plupart du temps au milieu d'une foule compacte qui voulait suivre Jésus - elle avançait dans une épaisse poussière.

Elle vit aussi un nuage noir, fin comme une brume, se répandre sur l'éclat brûlant du soleil.

«Tu dois mettre en garde le Seigneur contre Jérusalem», dit quelque chose en elle.

C'est ce qu'elle fit. Mais Il se contenta de la regarder avec amour. «Il faut que je suive mon chemin jusqu'au bout si je veux retourner à mon origine.»

Marie-Madeleine vit alors une resplendissante lumière blanche en forme de croix émaner de la silhouette du Seigneur. Mais elle n'en parla pas aux autres, car Il le lui interdit.

L'un des disciples épiait Marie-Madeleine comme s'il la considérait avec envie et suspicion. C'était judas Ischariot. Elle l'évitait dans toute la mesure du possible; en effet, depuis qu'elle l'avait vu pour la première fois, elle savait que rien de bon ne pouvait venir de cet homme. Elle se faisait constamment des reproches à ce sujet, car il s'agissait d'un disciple de Jésus, et le Seigneur était particulièrement bon envers lui.

Tout d'abord, elle l'avait fui parce qu'il lui gâchait toujours ses plus belles heures par une question ou une autre. Puis elle s'obligea à le supporter. Elle le fit par amour pour Jésus, mais elle en souffrit. Elle voyait nettement à présent que Judas nourrissait de sombres projets. Il devenait chaque jour plus arrogant et plus ombrageux.

Une grande inquiétude s'empara de Marie-Madeleine. Elle allait partout et observait tout. Si elle voulait se reposer, quelque chose la poussait à se relever. L'angoisse et le souci la gagnèrent au point que cela devint insupportable. Ce n'était pas pour elle-même qu'elle se tourmentait, mais pour Jésus.

Elle en parla aux disciples ; Pierre lui expliqua qu'ils avaient formé depuis longtemps un cercle protecteur autour du Seigneur et que les dons qu'Il avait déposés en eux agiraient par eux et porteraient leurs fruits. Il lui expliqua également que Jésus envoyait les disciples en mission afin qu'ils puissent reconnaître ce dont ils étaient capables dans l'accomplissement de Sa Volonté. Elle pouvait être rassurée lorsqu'elle savait que l'un d'eux était près de Jésus.

Toutefois, elle ne fut pas tranquille avant d'avoir compris que désormais elle ne devait pas suivre le Seigneur qui était suffisamment entouré par les siens, mais qu'elle devait plutôt Le précéder. Elle alla trouver Jésus pour le Lui dire et Lui demander de la laisser retourner à Jérusalem, sans toutefois Lui en donner la raison.

Mais Jésus, qui la connaissait, lui répondit :

«Va en paix. Mets tes affaires en ordre et prépare la voie à tes amis.»

Cette fois, elle ne comprit pas exactement les paroles du Seigneur. Cependant, en pensant aux personnes qu'elle reverrait après sa propre transformation intérieure, elle voyait un courant de fils clairs la précéder, attirant ou repoussant autrui. Elle avait l'impression de cheminer au milieu de forces rayonnantes et actives qu'elle projetait elle-même autour d'elle. Depuis que, de son plein gré, elle avait franchi le pas et choisi d'oeuvrer pour Jésus, la Force qu'Il lui avait dispensée irradiait autour d'elle. Elle partit donc, pénétrée d'une vie nouvelle ; elle n'avait plus peur.

Elle était devenue une étrangère dans sa propre maison. Elle traversa les pièces luxueuses et le magnifique jardin comme si elle y séjournait en tant qu'hôte qui, certes, avait profité avec reconnaissance de la beauté et du confort, mais qui voulait désormais poursuivre sa route en abandonnant tout avec joie.

Les serviteurs l'accueillirent de diverses façons. Certains, jadis timides et réservés, se sentaient à présent attirés par leur maîtresse. Mais les autres, qui l'avaient servie autrefois avec zèle, prenaient une attitude presque hostile, voire arrogante, lorsque Marie-Madeleine leur parlait. Ils étaient irrités au plus haut point de ne pas savoir où était allée leur maîtresse pour être revenue ainsi transformée.

Ils se moquaient de ses vêtements simples et dépourvus de toute parure ; certains lui tournèrent même le dos en haussant les épaules, car ils avaient compris qu'ils n'avaient plus rien à gagner en restant là. L'âge d'or semblait révolu. Marie-Madeleine leur paraissait bien pitoyable.

Ils se gaussaient d'elle, oubliant avec quelle bonté elle les avait toujours traités.

Elle leur dit de partir. Ils furent congédiés par l'intendant avec un bon salaire et des cadeaux. Quant aux autres, ils restèrent à son service.

Ses connaissances et amis réagirent de la même façon que les serviteurs de sa propre maison. Beaucoup l'ignorèrent complètement ou feignirent de ne pas se souvenir d'elle.

Elle les considérait elle aussi avec d'autres yeux. Elle découvrait de nombreuses valeurs sous des apparences fort modestes, et elle ne voyait que le vide et la présomption là où elle avait jadis levé les yeux avec admiration. Pendant sa courte absence, elle avait appris à reconnaître la valeur de l'être humain avec les yeux de l'esprit au lieu de juger selon les conceptions terrestres.

Ceux qu'elle pouvait conduire à Jésus étaient bien peu nombreux ! Et pourtant, elle jugea préférable de les observer et de mettre ses relations à profit. Elle chercha donc à saisir les fils qui lui permettaient d'avoir un aperçu du comportement des pharisiens, des Romains et des juifs.

Ce ne fut pas chose facile en ces temps agités. Parmi ses anciens amis, plus d'un la considérait avec crainte. Ils n'osaient pas parler en sa présence et se sentaient gênés.

La tension et l'agitation de la grande ville pesaient plus que jamais sur les êtres humains et les oppressaient. Il semblait à Marie-Madeleine qu'une indescriptible puissance ténébreuse s'y concentrait et était aux aguets, tandis qu'une merveilleuse et claire Lumière s'approchait de cet horrible marécage avec une force rayonnante. Une terrible inquiétude s'empara à nouveau de Marie-Madeleine.

Elle ne trouvait aucune paix, ni de jour ni de nuit, et elle s'efforçait de saisir la nature de cette ville sinistre. Des amis des disciples la reçurent, et elle put leur être très utile en bien des choses. Il y en avait un qui attendait l'arrivée de jésus avec une grande joie : c'était Joseph d'Arimathie. Il préparait sa maison pour Le recevoir.

Marie-Madeleine se rendit chez lui, elle lui parla du souci qu'elle se faisait pour Jésus et qui ne lui laissait pas de répit ; elle lui fit également part du comportement inquiétant de Judas.

Joseph la tranquillisa et lui promit de rester vigilant. A son avis, Jérusalem attendait le Seigneur avec nostalgie et toute la ville parlait de ce qu'Il faisait.

C'est ainsi que vint l'heure fatidique où, entouré d'allégresse et de danses, fêté par des hosannas retentissants, le Fils de Dieu fit Son entrée au milieu de Ses disciples. La ville entière semblait s'être transformée en une immense fourmilière.

En une agitation fiévreuse, les masses humaines se pressaient joyeusement dans les rues et sur les places. Des heures durant, elles restaient au bord des chemins pour attendre le Seigneur.

Il ne fut pas possible à Marie-Madeleine d'arriver jusqu'à Jésus : la foule qui avait envahi les rues étroites était trop dense. Elle n'entendait que l'allégresse indescriptible et ce que disait le peuple. La ville était comme en état d'ivresse.

Par des chemins détournés, luttant contre la marée humaine, Marie-Madeleine se dirigea vers la porte donnant sur la route de Béthanie, dans l'espoir d'y rencontrer l'une ou l'autre des femmes.

«Marie-Madeleine, écoute ! Ta véritable activité commence à présent ! »

N'était-ce pas là la voix de son Seigneur, ou serait-ce celle d'un être surnaturel, d'un ange ?

«Cette voix descend vers toi depuis les Hauteurs sur les rayons de la Pureté puisque, en voulant servir Dieu, tu t'es ouverte à elle. De nombreuses souffrances t'ont fait mûrir ; le Seigneur t'a comblée de beaucoup d'amour et de Sa Grâce. Occupe-toi des femmes. Là où, comme toi, des femmes portent en elles la brûlante nostalgie de la couronne céleste de la Pureté, ma Force agira par toi. Afin que tu reconnaisses qui te parle, regarde-moi ! »

Un éclat céleste sembla se déverser sur Marie-Madeleine. Il l'atteignit au beau milieu de son chemin, dans les ruelles abruptes bordées de murs de la vieille Jérusalem. Comme subjuguée par l'éclat de cette lumière, elle s'appuya contre un mur et ferma les yeux. Elle était seule. Malgré ses paupières closes, l'éclat demeura devant son oeil intérieur, il s'accrut même, et un visage lumineux la regarda d'En-Haut.