Krishna (Page 2)

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Dès que Krishna commença à reconnaître les grandes entités de la nature, un accord merveilleux s'établit entre lui et elles. L'amour devint de plus en plus puissant en son for intérieur et, grâce à cet amour qui, pour lui, portait la justice en une pureté naturelle et inaltérée, son esprit se trouvait dans la loi de l'équilibre et de l'harmonie.

L'amour et la justice irradiaient de lui et attiraient les forces bienfaisantes, et comme il n'y avait rien autour de lui pour s'opposer à cette pureté, l'amour, la justice et la pureté étaient attirés toujours plus fortement.

Son entourage fut d'abord frappé par son comportement avec les animaux. Krishna ne pouvait plus se résoudre à chasser. La poursuite du gibier, qu'il avait pratiquée tel un noble sport, le rebutait maintenant. Par amour, il renonça à la chasse et, par amour, les animaux venaient à présent vers lui. Ce qui lui arriva avec les animaux se répéta avec les éléments. Après qu'il eut reconnu la vie de la sphère de l'essentialité et qu'il eut réussi à se faire comprendre des entités de l'air, de l'eau, du feu et de la terre, celles-ci devinrent des amies serviables avec lesquelles il s'entendait parfaitement. Cependant, il se servait jamais d'elles pour en tirer quelque avantage pour lui-même.

L'égalité d'humeur et la simplicité formaient le premier degré sur la voie de l'accomplissement. Krishna s'efforçait donc d'acquérir ces vertus. Le portail de la sagesse lui fut ouvert, et il reconnut qu'il pouvait triompher de l'espace et du temps. Son oeil spirituel s'ouvrit grâce à cette connaissance ; il voyait des plans plus lumineux et son humilité grandissait sans cesse face à la grandeur de la Loi.

La nuit, des êtres éminents lui apparaissaient, ou bien son esprit, son moi véritable, entreprenait une pérégrination qui l'emmenait bien loin vers les hauteurs. Là-haut aussi, tout était vivant comme sur la Terre, et il rencontra des êtres merveilleux.

L'être essentiel qu'il voyait dans le vêtement du soleil terrestre semblait être pour lui un ami tout particulier. Mais il reconnut bientôt que celui-ci ne puisait pas sa force en lui-même. Tout ce qu'il vivait en tant que radiation, mouvement, formation et transformation, tout ce qu'il voyait en tant qu'astres avec leurs entités, tout cela lui apparut soudain comme copié et imité. C'est ainsi que le monde sensoriel devint pour lui singulièrement vide et qu'il s'efforça d'autant plus de comprendre ce qui est suprasensoriel.

Par conséquent il vivait à la fois dans son corps et au-dessus de la matière. En tant qu'esprit, il parcourut la Création primordiale et y trouva sa vraie patrie. La postcréation lui semblait être un miroir de la Création primordiale. Il ressentait que sa densité était autre et sa cristallisation toujours plus prononcée.

Au début, il ne lui fut pas possible de s'y reconnaître, et les entités de la sphère spirituelle ne lui devinrent visibles que peu à peu. Il se produisit alors une chose merveilleuse : il se trouva dans un cercle avec lequel il se sentait en affinité. Il ne pouvait le concevoir avec l'intellect, mais il savait qu'il en était ainsi. Il croyait en la Force créatrice et la vénérait. Il savait qu'il fallait la chercher au-delà du soleil et des étoiles, mais il reconnaissait à présent que la force de la Vie dont il cherchait l'origine en dehors de la divinité adorée par son peuple et en dehors du système solaire régnait aussi au-dessus de la Création primordiale. Alors il fut envahi par un sentiment de petitesse et, en priant, il tomba à genoux.

Le corps de Krishna était tombé malade car, durant la lointaine pérégrination de son esprit dans sa patrie, il avait été pénétré par un rayon qui devait transformer son corps, c'est-à-dire son enveloppe terrestre, afin que celui-ci pût supporter en permanence l'irradiation de son esprit. Mais, au début, ce rayon paralysa le corps terrestre.

Sur l'ordre de Dieu, Krishna, qui n'avait pas encore quatorze ans, avait ainsi devancé son entrée solennelle dans l'initiation.

La Flamme Blanche avait parlé : son père devait l'accueillir dans le cercle des gardiens.

Lorsque, après huit jours et huit nuits, Krishna se réveilla d'un profond sommeil, il ne put tout d'abord se mouvoir, car la force issue de la Création primordiale exerçait une pression énorme sur son corps terrestre qui devait s'y habituer lentement.

Le corps terrestre de matière dense d'un être humain ne peut être relié harmonieusement qu'avec un esprit humain d'évolution de la postcréation afin que, grâce à lui, l'esprit puisse agir dans la matière dense. Lors d'une liaison directe du corps terrestre avec un plan plus élevé, dans ce cas avec un esprit de la Création primordiale, donc avec un être primordial, il se produit obligatoirement une entrave dans la liaison. Cette entrave ne peut être atténuée que grâce à l'aide et à une préparation minutieuse de la Lumière. Sans le secours de la Lumière, une telle liaison serait de toute façon absolument impossible et il en résulterait une sorte de court-circuit qui tuerait le corps. Dans le court-circuit, l'énorme pression fait sauter la liaison avec le corps physique, ce qui équivaut à la mort terrestre.

Celui qui veut objecter ici que, selon le récit, l'esprit primordial de Krishna était entré dans le corps en formation dès l'incarnation et qu'il aurait dû, à ce moment-là déjà, provoquer le court-circuit, que celui-là lise dans l'oeuvre de Abd-ru-shin la conférence traitant de «la force sexuelle». Il y trouvera toutes les explications à ce sujet. Jusqu'à la maturité de son corps, le primordial incarné n'avait pas de liaison avec le monde environnant. L'esprit ne pouvait pas rayonner à travers le corps, étant donné que, pendant l'enfance, celui-ci agit comme une couche isolante. Seule la force sexuelle naissante abaisse le pont-levis vers le monde extérieur et établit la liaison, si bien que l'esprit incarné peut alors, de l'intérieur, pénétrer le corps terrestre de son rayonnement.

Ce fut là le moment où Krishna devait reprendre directement contact avec la Création primordiale et où il vécut intérieurement son séjour dans cette même Création. Son esprit pouvait pénétrer le corps de son rayonnement et recevoir les irradiations de la Création primordiale. De ce fait, pour la première fois, le corps fut embrasé par la pression extraordinaire à laquelle il n'était pas de taille à résister. Mais, puisque Krishna avait bénéficié d'une préparation minutieuse, comme en avait décidé la Volonté de Dieu, il ne se produisit que passagèrement une perte de connaissance et une paralysie du corps de matière dense.

Pour des corps terrestres qui doivent accomplir une mission aussi rare, se développe, grâce à des aides essentiels plus élevés, une couche particulière qui sert de liaison et est reconnaissable même matériellement ; elle possède la faculté d'accueillir la pression exceptionnelle et ainsi de protéger le corps. Cela explique au lecteur l'accomplissement rigoureux des lois de la Création, même lors de l'événement que Krishna vécut dans sa quatorzième année terrestre, étant donné que sa maturité physique survint à cette époque. Cette maturité avait été accélérée de quelques années par la pression plus forte exercée de l'intérieur par l'esprit incarné du primordial.

Remplis d'inquiétude, tous s'affairaient autour de lui ; Sita ne quittait pas son chevet. Quant à lui, il ne leur dit rien de ce qu'il avait vécu, car eux non plus n'auraient pas encore pu accueillir le savoir de la Création primordiale. Cette connaissance était gravée en son âme comme un commandement que quelqu'un de plus élevé avait énoncé, et il fallait en rester là.

Une vie nouvelle, endormie depuis longtemps, s'était réveillée en lui : à présent, il voyait avec l'oeil de l'esprit. Du point de vue humain, Krishna était également devenu autre ; il n'était plus un enfant. Grand, élancé, il dépassait même les hommes de sa tribu. Son visage, qui avait gardé sa grâce et sa beauté juvéniles, était inondé de bonté et de sagesse. Sa volonté lucide et forte le marquait du sceau de la sévérité. Son allure était royale. Après sa guérison, sa démarche fut empreinte de calme et de dignité.

Dans le palais des parents de Krishna, tout fut préparé pour la cérémonie de l'initiation. Les salles étaient abondamment ornées de fleurs. De l'huile parfumée brûlait et ses flammes colorées s'élevaient vers le ciel bleu.

Des nuits merveilleusement calmes s'étendaient sur le pays des blanches montagnes et les étoiles d'une grandeur inhabituelle resplendissaient avec une beauté particulière.

Une grande joie régnait donc dans les jardins du château, et le peuple prenait lui aussi ardemment part à la fête en l'honneur de Krishna, il regardait le jeune prince avec amour et vénération et il écoutait avec beaucoup d'attention tout ce qui se rapportait à Krishna.

Quant à ce dernier, il voyait venir le jour de son initiation dans le calme intérieur. Il s'adonnait à ses études et à ses travaux avec la même persévérance et la même discrétion que jusqu'alors. Il reprit également ses exercices physiques avec le plus grand zèle, ainsi que l'étude des nombreuses langues de l'Inde. Il devait aussi apprendre à connaître ce qu'il en était du pays. Une image de l'Inde lui fut montrée et une voix lui dit :

«Vois, tout t'attend ; car tu dois être un guide pour les enfants égarés de ce peuple. Tu dois les conduire hors du profond chaos de la nuit spirituelle vers le clair chemin qui les mène à la Vérité. Long est le chemin et difficile est la tâche que le Très-Haut t'ordonne d'accomplir. Va, telle une lumière qui luit ! »

A présent, une éminente Lumière blanche lui apparaissait souvent, une Lumière qui rayonnait dans deux directions, formant ainsi une Croix ; dans cette forme, il reconnut l'expression de l'accomplissement, de la Loi suprême et de la Perfection. Il pensait constamment à cette Lumière dont il portait l'image en lui.

Et, avec un zèle redoublé, il s'efforça de se perfectionner sur le plan terrestre, car il reconnaissait l'effet produit par toutes les lois et il voyait comment la moindre hésitation ou le plus petit trouble continuait à agir dans le tissage infiniment délicat que les humains formaient autour d'eux dans la matière subtile.

Et, à nouveau, il advint qu'un esprit lumineux s'approcha de lui et dit :

«Tu as vu les liens que vous avez tissés dans le royaume de tes ancêtres. Or, maintenant, une autre époque est arrivée et tu dois voir les filets dans lesquels la race humaine s'est en grande partie empêtrée. Voilà le début de ta mission.»

Ce fut alors comme si, venant du bas, un voile gris montait et recouvrait tout ce qui était lumineux et pur. Lui-même se sentait comme alourdi, et il lui sembla qu'il sombrait lentement.

«C'est ainsi que la densité et la pesanteur plus grandes saisissent l'esprit pur à l'origine, dès qu'il se laisse lui-même densifier», entendit Krishna. «Tu verras bientôt les êtres qui vivent dans ces couches.»

Un mouvement désordonné se fit alors dans les formes brumeuses et grises ; il en sortit des visages et des figures de formes bizarres. Krishna, qui n'avait encore jamais rien vu de semblable, ne savait pas ce qu'il devait en faire. Il constata seulement avec étonnement que ces formes étaient réellement vivantes, rassemblées en groupes et dans des repaires d'où elles sortaient après s'y être multipliées. Elles s'enroulaient comme des serpents. Leur mêlée était répugnante.

Ces formations étranges voulurent l'approcher. Cependant, elles parvinrent bientôt à une limite qu'elles ne purent franchir. Alors elles se mirent en colère. Et plus elles se déchaînaient, plus elles enflaient et se multipliaient ; et là où une forme hideuse de ce genre grossissait particulièrement, affluaient de tous côtés vers elle des formes semblables qui voulaient s'en nourrir.

Krishna fut secoué d'horreur. Pourtant, en pleine conscience, il envoya des pensées de défense. Il sembla alors que des rayons lumineux pénétraient dans la vermine des ténèbres : elle s'embrasa, rouge comme le feu. Puis, l'un après l'autre, les éléments se détachèrent ; un à un, les corps des serpents s'effritèrent et se recroquevillèrent. En voyant cela, Krishna reconnut la puissance des pensées pures contre les effets du mal, et il décida d'aller à la rencontre du mal et de l'anéantir.

Il fut donc conduit en esprit vers les endroits de la Terre où le mal se déchaînait. Krishna y vit des choses abominables. Il lui sembla que les humains pataugeaient dans un profond bourbier.

Son désir devint de plus en plus ardent. Il voulait intervenir de façon secourable pour que la roue qui filait en trombe vers le bas puisse enfin s'arrêter avant de prendre une autre direction. De toute la force et de tout l'amour de son vouloir, il s'inséra en esprit dans le mécanisme du monde de matière subtile.

Mais les êtres humains ne semblaient nullement s'en apercevoir.

C'est alors que mûrit en Krishna le souhait de quitter le pur royaume lumineux de ses montagnes et, en tant qu'homme parmi les hommes, de descendre vers les humains afin de les aider dans leurs sombres vallées. Krishna prit cette résolution le matin de son initiation.

Le son clair des cloches d'argent, auquel se mêlaient les notes graves des gongs puissants, retentit du haut des tours blanches. Tout cela tintait dans le matin bleu et ensoleillé, tel un majestueux chant de fête. Les géants blancs des montagnes renvoyaient les ondes des sons retentissants. En chantant et en s'accompagnant de leurs lyres d'or, des jeunes filles franchissaient les portes du palais et s'avançaient lentement à travers les jardins et les rues. Elles demandaient la protection de la Lumière.

Vêtus de blanc, parés selon leur dignité et leur fonction, les hommes se rassemblaient, chaque caste étant séparée. Tous affluaient vers la grande salle du temple dans laquelle ils priaient la Flamme Blanche. La vibration de ces êtres humain était pure, et les cercles qu'ils formaient s'emboîtaient harmonieusement les uns dans les autres. C'est ainsi que le peuple attendait l'initiation de son futur jeune roi.

Du haut du palais, Krishna regardait les palmiers ondoyants des jardins. Il avait revêtu un long vêtement de soie blanche qui lui descendait jusqu'aux pieds et était retenu par une large ceinture brodée d'or. Autour du cou, il portait de nombreuses rangées de perles rares, et sur la tête, un cercle d'or surmonté d'une émeraude éclatante aussi grosse qu'une noisette. Saphirs et émeraudes ornaient ses larges bracelets. Un poignard d'une beauté particulière était glissé dans sa ceinture.

Krishna était seul. Le calme et la paix emplissaient son âme. Songeur, il revoyait les années de son évolution. Il aimait à se souvenir des jeux joyeux et des belles heures passées en compagnie de sa mère bien aimée, de ses maîtres et de ses camarades.

Il se trouvait à présent à un moment important et décisif. Mais il savait que, depuis longtemps déjà, il avait conclu une alliance sacrée avec le Très-Haut.

Le portail s'ouvrit. Vêtus de blanc, neuf hommes du plus haut rang attendaient Krishna ; ils traversèrent avec lui la longue galerie de mosaïques d'or, jusqu'à la salle du temple qui baignait dans une douce lumière violette.

Le mur qui les séparait de l'endroit le plus sacré resplendissait d'un blanc transparent et le mouvement des rayons renvoyés par le miroir argenté inondait toute la salle d'une Lumière vivante.

Krishna s'assit à l'endroit le plus haut, sur un siège surélevé, et tous levèrent vers lui un regard timide et rempli d'amour. Debout, ils attendaient le commencement de la cérémonie. Un grand calme régnait dans la salle.

Lorsque le sage chevalier se joignit à eux et leva la main, les onze autres chevaliers le suivirent dans le sanctuaire.

Les choeurs de harpe retentirent ; des voix exultantes et claires se joignirent à eux. Les voix des hommes à la résonance plus basse leur répondirent. Venant d'en-haut, des chants sacrés descendaient en vibrant.

L'esprit de Krishna fut porté vers les hauteurs ; il vivait comme dans un rêve tout ce qui se passait sur Terre. Son moi véritable, son esprit, se trouvait dans un océan de flammes, et une figure rayonnante lui tendit un glaive en disant : «Je suis Celui qui vient, le Premier et le Dernier, Celui qui juge les esprits humains. Toi, sois-moi fidèle ! Flammes de l'illumination, pénétrez la Création ! Je vous envoie! »

Une flamme de lumière bleue pénétra alors en Krishna. Il se leva et, à l'appel du Puissant, du Lumineux, il pénétra dans le sanctuaire. Là, il entendit la voix de son père qui, entouré des chevaliers, se tenait devant la pierre blanche :

«Krishna, tu es appelé devant la face du Puissant qui porte en Lui la Flamme Blanche. Il est notre Père. Porte Sa Lumière, qu'aujourd'hui Il te dispense, dans le monde des douleurs et utilise-la pour la victoire. En signe que tu fais un avec nous dans l'alliance, je te donne ce glaive et l'anneau. Sois fidèle ! Tu te tiendras au-dessus de tous si tu demeures dans la Volonté de la Flamme Blanche. La sagesse te fut donnée en partage. A présent, tu vas entrer entièrement dans la Force !»

Il pria et ouvrit les bras ; Krishna fit de même. Un rayon blanc descendit en mugissant et Krishna fut plongé dans une lumière incandescente. «Ainsi, je te baptise de mon feu !» Telles furent les paroles de la Flamme Blanche.

Krishna reçut la Force issue du Rayon de Dieu, et la pure Lumière demeura en lui. Lorsqu'il se présenta devant l'assistance, son corps rayonnait et ses yeux étaient comme des flammes claires.

Les harpes résonnèrent et les chanteurs louèrent en choeur la sainteté de la Lumière. Krishna, le combattant pour la Lumière, leva les mains et, pour la première fois, il bénit les êtres humains.

Aprés la fête de l'initiation, Krishna se retira dans la solitude.

A l'étage le plus élevé du palais, son père lui avait réservé un appartement donnant sur des terrasses fleuries. Là, il était également proche de la tour qui recevait en premier la force du soleil.

Les serviteurs qui lui avaient été attribués lui procuraient tout ce dont il avait besoin et ne troublaient pas sa quiétude.

Il se plongea à nouveau dans l'observation des astres et trouva des rapports importants entre leur rayonnement et les plantes, les animaux et les propriétés de tout ce qui est créé. Et, à nouveau, les entités des astres se montrèrent à lui.