Moïse (Page 2)

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- Pourquoi donc suis-je assis là? pensa Moïse. Ne suis-je pas l'amuseur public, le porte-parole du pharaon? Tous les étrangers se délectent de mon talent oratoire et cherchent à m'embarrasser par leurs subtilités; seul ce prince ne me remarque pas. Non, c'est faux! Certes, il me remarque, mais il ne m'adresse pas la parole. Je ne suis pas assez amusant pour lui, je ne réussis pas à le divertir, il ne m'aime pas!

Moïse devint de plus en plus taciturne. Le pharaon lui lançait des regards réprobateurs. Juri-chéo le regardait avec inquiétude. Seul Abd-ru-shin ne semblait rien remarquer. Personne ne savait lire sur son jeune visage. Ses traits étaient si clairs et si harmonieux que tout le monde croyait pouvoir les comprendre, et cependant il y avait quelque chose en eux qui rendait les hommes pensifs dès qu'ils essayaient de les analyser.

Abd-ru-shin était encore très jeune; pourtant, il gouvernait l'un des plus puissants peuples d'Afrique. L'histoire de ses origines était entourée du plus grand mystère. On n'en parlait jamais à haute voix. Le peuple avait fait de lui son maître, il l'aimait et le vénérait comme un dieu. Des forces surnaturelles qu'on lui attribuait l'avaient, disait-on, élevé sur le trône et lui conféraient ce pouvoir immense qui était le sien.

Le pharaon le craignait et, par conséquent, recherchait son amitié. Malgré tout, il enviait Abd-ru-shin et cette jalousie était la seule chose qui le tourmentait encore. Évidemment, le pharaon était puissant, il disposait de la vie et de la mort de ses sujets, faisait travailler des esclaves pour son compte et possédait d'immenses trésors - mais quels moyens devait-il employer pour en arriver là? Un Israélite travaillerait-il pour lui si on ne faisait claquer le fouet au-dessus de son dos? Un serviteur obéirait-il s'il n'était pas esclave et si le pharaon ne pouvait le faire tuer selon son bon piaisir? Dévoré de rage, ii se posait ces questions.

Et Abd-ru-shin? Comment régnait-il? Avait-il un Israël qu'il fustigeait? Non! Avait-il des esclaves? Non! Tous ses serviteurs étaient libres, le peuple entier était libre. Pourtant, ils ne vivaient que pour leur prince, ils travaillaient avec ardeur à le rendre riche, ils l'aimaient! En quoi donc consistait la puissance de cet homme dont l'origine restait inconnue de tous? Pourquoi réussissait-il là où lui, le pharaon, passait des nuits d'insomnie et devait employer la ruse? Ce visage calme et paisible, ces yeux sombres, ce regard chaleureux, étaient-ce là les armes avec lesquelles il subjuguait des peuples entiers?

Une sourde haine commença à gagner le pharaon. Sa vanité démesurée ne pouvait souffrir qu'un autre fût plus grand et plus puissant que lui. Cependant, il fallait que personne n'en sache rien. Sa crainte de Abd-rushin le retenait, il adoptait un masque afin de le tromper. Ses paroles pleines d'amitié, d'approbation et d'amour devaient convaincre Abd-ru-shin de sa sincérité. Mais cette tromperie était-elle couronnée de succès? Rien ne permettait de supposer que Abd-ru-shin ne fût pas dupe. Apparemment, il semblait insouciant et confiant.

Juri-chéo, elle non plus, ne se doutait pas des pensées de son père. Elle aimait Abd-ru-shin et lui accordait toute son admiration. Il représentait pour elle un idéal inaccessible. Juri-chéo savait que tout être vivant dans son entourage devait l'aimer, que personne ne pouvait se soustraire à son charme. Elle vit le changement qui s'était opéré en Moïse. Cette première rencontre l'avait transformé. Comme tous les autres, il subissait l'influence de cet être.

L'effet produit sur le pharaon, effet qui se manifesta après un séjour prolongé de Abd-ru-shin, fut singulier lui aussi. Son regard se fit chaleureux, la ruse si caractéristique de ses yeux fendus disparut complètement, sa lèvre inférieure, saillante d'ordinaire, reprit sa place normale, ce qui fit perdre à son visage toute apparence brutale et bestiale. Le pharaon oublia l'envie qui le gagnait toujours en pensant à la puissance de Abd-ru-shin. La vantardise de ses propos fit place à un langage simple et moins exubérant.

Le festin dura des heures; des danseuses, des acrobates et des musiciens meublaient les intermèdes qui apportaient divertissement et amusement.

Moïse restait indifférent à tout cela; de temps à autre son regard effleurait le prince étranger. il pensa à son peuple et devint triste. La douleur l'assaillit et le désespoir le saisit si fortement qu'il dut faire effort pour se maîtriser.

«Pauvre peuple si vaillant», pensa-t-il, «où trouves-tu la force d'endurer ces souffrances intolérables? Attends-tu un sauveur? Je ne te connais pas, je ne possède pas le secret de ta force, je n'ai pas, comme toi, foi en ta délivrance. Tu ne pourras jamais échapper aux griffes de ce pharaon».

Plongé dans ses pensées, Moïse avait complètement oublié son entourage. Une voix chaleureuse et douce se fit alors entendre si près de lui qu'il en sursauta.

- As-tu du chagrin, mon ami?

Abd-ru-shin s'était approché de lui; la musique bruyante couvrit presque ses paroles, si bien que Moïse fut seul à les entendre. Le regard qu'il échangea avec Abd-ru-shin fut la réponse affirmative à sa question. - Abd-ru-shin, j'ai confiance en toi, car je sais que tu es bon. Puis-je te dire ce qui me tourmente?

- Je t'écouterai demain; nous irons nous promener à cheval en dehors de la ville.

Moïse inclina la tête avec reconnaissance. Son coeur débordait de joie. Ses idées noires s'étaient dissipées. Tout lui semblait soudain tellement facile; c'était comme s'il avait déchargé son fardeau sur autrui.

Un miracle s'accomplit en lui. Pour la première fois, il éprouva le noble sentiment de l'enthousiasme. Telle une ardente flamme, l'amour s'éveilla en lui, le pénétrant, le purifiant et consumant toutes les impuretés. Moïse se sentait si jeune, si vigoureux! Ses yeux brillaient d'une ardeur combative. Et cette sensation ne s'estompa nullement. Il l'éprouvait encore le lendemain tandis qu'il chevauchait aux côtés de Abd-ru-shin. Son corps et son âme étaient pénétrés de force. Abd-ru-shin regardait en souriant le jeune homme qui, à côté de lui, se tenait magnifiquement en selle. Moïse s'en aperçut et rougit légèrement.

- Abd-ru-shin, dit-il, tu me vois aujourd'hui tout autre, je ne suis plus ce rêveur, ce malade de nostalgie qui, hier encore, implorait ton secours. Depuis que je t'ai parlé de mon chagrin, il s'est envolé. Jamais je n'ai été si gai, si jeune et si fort qu'aujourd'hui!

- Qu'est-ce qui te tourmentait, Moïse?

Le jeune homme baissa la tête.

Seigneur, j'aspirais à l'amour, à un but! Je cherchais le sens de ma vie et ne le trouvais pas.

- Et crois-tu avoir découvert tout cela à présent? Moïse se redressa fièrement:

- Oui!

Abd-ru-shin ne répondit pas. Moïse avait beau l'interroger du regard, il se taisait.

- Abd-ru-shin! implora Moïse.

Alors il le fixa longuement, sans mot dire. Les chevaux restaient immobiles, l'un à côté de l'autre ...

- Tu as une haute mission à remplir. Ta volonté est-elle inébranlable? - Seigneur, tu sais? balbutia Moïse. - Oui, je connais ton désir, tu veux devenir le guide de ton peuple.

De nouveau, il se fit un long silence.

- Où veux-tu puiser la force nécessaire à cette grande oeuvre?

Tel le son de puissantes cloches, ces paroles touchèrent le jeune homme.

- Où?

- Eh oui, où?

Moïse s'effondra.

- Israël croit en un Dieu invisible et tout puissant, dit-il enfin.

- Et tu ne connais pas le Dieu de ton peuple?

- Je ne connais ni Lui ni mon peuple. Je ne vois que l'outrage qu'il subit et l'inutilité de ses prières!

De nouveau, Abd-ru-shin eut le sourire insondable de celui qui sait.

- Si tu les sauvais, leurs prières seraient exaucées!

Surpris, Moïse le regarda.

- Oui, mais je ne crois pas en leur Dieu. Je ne crois pas non plus aux dieux des Égyptiens, je ne vois et n'éprouve aucune force auprès d'eux. Ils n'irradient pas l'amour. Je ne peux croire que si j'ai des preuves!

- Mais d'où te viendra la force dont tu as besoin pour ta mission?

- D'où?

Tout à coup, il poussa un cri d'allégresse. «D'où? Mais de toi!» Sans reprendre haleine, tout fier d'avoir trouvé cette solution, il fixa Abd-rushin.

- Oui, dit-il ensuite, tu portes cette force en toi! N'en suis-je pas pénétré depuis que je te connais

N'est-ce pàS eelle qui me fit reconnaître mon but, qui me consola, qui m'éclaira? Moïse frémissait dans son enthousiasme.

Abd-ru-shin le regarda avant de répondre.

- Et moi, d'où me vient cette force?

- Toi? N'a-t-elle pas toujours été en toi?

- Elle est en moi parce qu'elle m'est donnée sans interruption. Je la retransmets, à toi, à tous les hommes, mais je ne peux rien faire si je vois qu'on l'emploie pour quelque chose de bas.

Ému et profondément touché, Moïse regarda Abd-ru-shin. Ses yeux reflétaient une foi enfantine. Ses lèvres prononcèrent ces quelques mots:

- Je crois en ton Dieu!

Abd-ru-shin avança la main et il toucha le front du jeune homme; doucement, son doigt y marqua le signe de la Croix. Moïse resta immobile. Les chevaux se serrèrent l'un contre l'autre, formant un pont entre les deux hommes.

Longtemps encore, Moïse sentit le doigt de Abd-ru-shin sur son front ... - Souviens-toi de cette heure lorsque tu seras au combat et fais confiance en Dieu, le Dieu de tes ancêtres, car Il est aussi le mien!

Incapable de prononcer une seule parole, Moïse s'inclina.

Les deux cavaliers revinrent en silence sur leurs pas. Le soleil couchant rendait le sable du désert flamboyant, le transformant en vagues rougeoyantes et scintillantes. Puis tout s'éteignit, aussi subitement que c'était venu. La nuit tomba instantanément.

Le lendemain, Abd-ru-shin quittait la cour du pharaon. Il partit en laissant derrière lui le majestueux palais, désert et froid. Partout, on ne rencontrait que le vide. Des heures durant, Moïse erra sans répit. Il croyait ne pouvoir supporter de vivre sans Abd-ru-shin. Il fut pris par le souvenir de cette heure qu'il avait vécue et des paroles du prince. Moïse ressentit de nouveau la chaleur de sa présence, il savait qu'il ne serait jamais seul, car son Dieu était omniprésent. De ce fait, une foi inébranlable l'avait pénétré, un lien vers Dieu, dont les fils le soutenaient et lui transmettaient la force lorsqu'il la demandait.

L'amour qui avait transformé Moïse à ce point n'avait pas échappé à Jurichéo. Elle était heureuse de constater la profonde vénération de son protégé à l'égard de Abd-ru-shin. Mais elle n'en parla pas au jeune homme; elle ne voulait pas toucher a ses sentiments 1.°,S plus sacrés. Et Moïse lui. était reconnaissant de sa délicatesse et de ses égards. Juri-chéo avait été une mère et une amie pour lui; il était attaché à elle et, à cause d'elle, il restait encore au palais; sinon, il aurait rejoint son peuple depuis longtemps.

A présent, il partait toujours à la découverte d'Israël. Pendant des journées entières, il fut attiré là, dans les rues étroites et sales; il chercha des hommes mûris dans la souffrance, il les trouva, mais déjà trop abrutis pour pouvoir écouter immédiatement les paroles qu'il leur offrait avec chaleur et compassion.

Un jour, il trouva les siens dans un misérable taudis. Une femme aux cheveux gris, maigre et décharnée, c'était là sa mère, et une autre aux cheveux noirs avec de grands yeux affamés, sa soeur Miryam. Il ne trouva pas de père, mais seulement un homme grand et osseux qui avait le même regard apathique que ses compagnons de misère, et cet homme était son frère et se nommait Aaron.

Moïse ne cessait de les dévisager l'un après l'autre. Étaient-ce là les siens?

Une voix en lui s'éleva avec violence: «Non! Tu les connais à peine; ce sont des étrangers, tu n'as rien à voir avec eux!»

Il essaya d'étouffer cette voix, de la faire taire - mais en vain! En son for intérieur, Moïse était détaché de cette famille. Trop jeune encore pour passer outre sans luttes intérieures, il pensa à Juri-chéo. Et tout à coup il en eut la nostalgie, tout comme du palais du pharaon et il en parla aux siens. Eux qui jusqu'alors avaient écouté attentivement, perdirent peu à peu leurs mines satisfaites, la commissure de leurs lèvres prit un pli amer, leurs yeux se réduisirent à une fente. Tout ce qu'il y avait d'inanimé dans le visage d'Aaron fit place à l'éclat d'une colère subite.

Moïse ne vit rien de tout cela. Il parla de la vie qu'il menait, loua la sollicitude de Juri-chéo et prêta même au pharaon un visage aimable!

Alors, fou de colère, Aaron frappa du poing sur la table. Moïse sursauta.

- Sors d'ici, toi! hurla-t-il. Tu viens chez nous pour nous raconter ta vie de prince, te repaître de notre misère! Te voilà devenu quelqu'un de raffiné, un Égyptien! Il ricana, sa voix s'étranglait de rage.

Pâle, mais impassible, Moïse écoutait les paroles de son frère; il ne partit pas, il resta. Il comprit à quel point son attitude avait été insensée et résolut de ne pas s'en allier avant d'avoir calmé Aaron.

- Écoute, Aaron! dit-il lorsque celui-ci s'affaissa sur un siège. Vous ne m'avez pas compris, je suis venu pour vous aider. Oui, je veux vous aider à libérer Israël du joug du pharaon.

Aaron haussa les épaules avec mépris.

- Il vaut mieux que tu rentres, mon petit. Retourne dans ton palais. Chez nous, les garçons ne sont pas protégés comme là-bas. Va-t-en!

Moïse regarda sa mère et sa soeur. Leur visage exprimait le refus. Alors, il baissa tristement les yeux et les quitta.

Par la suite, Moïse ne revint plus jamais chez les siens. Mais il continua à fréquenter les chaumières de ses frères et soeurs. Il voulait s'unir à eux. Peu à peu, il oublia la saleté dans laquelle ils vivaient. Il apprenait d'eux la manière de se dominer avec fermeté, il ressentait leurs souffrances comme si elles étaient siennes.

C'est avec une inquiétude toujours croissante que Juri-chéo constatait le désir de Moïse d'être auprès de son peuple. Elle craignait que son père ne l'apprît, car il avait oublié à présent que Moïse était israélite. Le pharaon parlait même en sa présence des nouvelles charges qui seraient imposées à Israël. Il ne voyait pas le regard fulgurant du jeune homme. Juri-chéo tremblait de peur. Ainsi la situation devenait de plus en plus tendue, et le lien entre Juri-chéo et Moïse toujours plus fragile, dans l'attente de la secousse qui le déchirerait.

Moïse ressentait cette tension. Il désirait y mettre fin. Ses pensées s'envolaient avec nostalgie vers Abd-ru-shin. Chaque jour, il attendait le retour du prince. Il chevauchait loin dans la plaine, en direction du royaume de Abd-ru-shin. Ses yeux scrutaient l'horizon comme s'ils s'attendaient à voir apparaître un groupe de cavaliers avec Abd-ru-shin à leur tête. Ce désir était tellement ardent qu'il devint la raison d'être de ses journées.

Il évitait Israël, étant donné qu'il se rendait compte que tous ses efforts pour devenir l'ami de ce peuple restaient vains. On le regardait toujours avec la même méfiance qu'au début. Ces hommes ne lui accordaient pas leur confiance, ils redoutaient constamment un danger et considéraient aussi ses paroles avec défiance. Moïse était sur le point de se lasser, c'est pourquoi il se tenait à l'écart. Certes il n'avait pas encore atteint la maturité indispensable pour accomplir l'ceuvre immense qui l'attendait. Sans cesse ses pensées volaient vers Abd-ru-shin, sans cesse les exhortations du prince lui revenaient en mémoire, afin qu'en elles il s'affermisse.

Et puis, après de longs mois, alors qu'il avait rejeté au loin toute possibilité de le revoir et qu'il n'y croyait plus, Abd-ru-shin se trouva là, tout à coup! Accompagné d'un grand nombre de cavaliers, il pénétra à l'improviste dans la cour du palais.

Une puissante émotion s'empara de Moïse. Voulant être le premier à souhaiter la bienvenue au prince, il se précipita dans la cour.

Au moment où les cavaliers allaient pénétrer dans le palais, ils se heurtèrent à Moïse qui courut à la rencontre de Abd-ru-shin et s'inclina profondément devant lui; puis il s'agenouilla, saisit le vêtement du prince et y porta les lèvres.

Abd-ru-shin s'en défendit. Cette façon exagérée de saluer lui était visiblement désagréable. Mais lorsque ses yeux rencontrèrent le regard candide et rayonnant du jeune homme, il sourit avec bonté. Moïse, que la joie avait rendu muet, marcha à ses côtés; il l'accompagna auprès du pharaon. Cependant il s'arrêta devant l'immense tenture qui fermait la chambre du pharaon. - Je ne puis te suivre plus avant, Abd-ru-shin, je ne supporte pas «sa» présence en ce moment.

A ces mots, il écarta la tenture, laissa entrer Abd-ru-shin et s'en retourna. Songeur, il parcourut ses appartements. Il resta là longtemps, tout pensif, le regard vide. Seule une étincelle semblait brûler au fond de ses yeux. Son enthousiasme intérieur était invisible pour autrui. Il ressentait l'immense force dont la présence de Abd-ru-shin l'avait inondé. Il percevait en son for intérieur la pulsation d'une vie nouvelle. Une joie emplie de reconnaissance le poussait à se soumettre à tant de grandeur.

Moïse attendait.

Il attendait impatiemment l'appel du pharaon. Lorsqu'enfin un esclave se présenta pour lui faire part du désir du pharaon de le voir assister au repas, il bondit, comme soulagé.

Pénétré de calme et d'espoir, il se prépara à entendre les paroles du prince. En entrant, il put encore saisir les derniers mots de Abd-ru-shin avant que celui-ci ne l'eût aperçu.

- J'ai dressé mon camp, toute une ville de tentes, non loin de la frontière de l'Égypte. Pendant ce temps, je serai volontiers et souvent ton hôte, noble Pharaon.

Moïse exulta intérieurement. Son visage rayonnait de joie. Le pharaon l'aperçut et, d'un geste de la main, l'invita à prendre un siège bien éloigné de Abd-ru-shin, car une partie de sa suite devait prendre part au festin.

Et Moïse n'obéit pas au pharaon! Il s'assit tout près de l'hôte. Le pharaon voulut le remettre à sa place, mais la politesse envers l'étranger s'y opposait. Le regard furieux, il fixa Moïse qui ne parut pas comprendre et resta tranquillement assis à la place qui ne lui était pas destinée. Un instant plus tard, les amis et les sujets de Abd-ru-shin faisaient leur entrée. Après avoir échangé des salutations animées, tous prirent place.