L'Atlantide (Page 2)

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Nous avions surtout été frappés par le fait que seuls quelques-uns d'entre eux pouvaient se libérer de leur enveloppe physique, voir les essentiels et communiquer avec eux, comme nous avions l'habitude de le faire depuis des générations. Lorsque des gens doués de cette faculté venaient chez nous, celle-ci disparaissait généralement dès la génération suivante.

Le peuple était soumis à des lois qu'il n'avait aucunement le droit d'enfreindre. Mais ces lois ne nous concernaient nullement. Il était tout naturel qu'un Érarien ne fît rien qui aurait pu le mettre sur le même plan que le peuple. Et si cela se produisait malgré tout, il n'était plus considéré comme un Érarien et se trouvait exclu de notre cercle.

Il y avait dans le royaume d'Orokun une grande île où vivaient ceux qui avaient agi de façon indigne et avaient été de ce fait déchus de leur rang. Ce n'était que par des actes héroïques qu'ils pouvaient, ainsi que leurs descendants, racheter leur faute.

Lorsqu'ils avaient accompli un haut fait de ce genre, des scaldes chantaient leur gloire pour que nous puissions les accepter de nouveau dans nos rangs. Voilà pourquoi nos épopées parlaient toujours du pays insulaire qui était le séjour des héros. Au fond, ces héros étaient des proscrits ou des descendants de proscrits. Il est donc naturel que tous nos héros aient eu de gros défauts.

Vous ne savez que peu de choses sur nous, les Érariens. Nous n'avions pas besoin que les chanteurs célèbrent notre gloire. Nous étions heureux ; c'est pourquoi nous rendions le peuple heureux. Il pouvait vivre en paix sous notre protection. Nous étions fiers et conscients de notre propre valeur. Une impulsion intérieure à laquelle nous obéissions entièrement dirigeait toutes nos actions.

La plus noble de notre race était l'Amma-Era, la prêtresse ! Elle observait les étoiles, interprétait les prophéties de nos devins et assurait pour nous la liaison avec Dieu, tel que nous nous Le représentions.

Lorsqu'elle sentait sa fin approcher, elle transmettait ses secrets à une jeune fille qui lui en paraissait digne, et celle-ci devenait Amma-Era à son tour.

Si grande que fût notre vénération pour la prêtresse, nous nous occupions fort peu d'elle, à moins qu'un souci quelconque ne nous obligeât à l'interroger. Elle vivait en solitaire, ne parlant qu'occasionnellement à ses élèves, les astrologues. Les prêtres qui étaient chargés du service du culte lui étaient subordonnés, mais elle ne leur donnait jamais d'ordres directement ; elle faisait part de ses directives au roi, qui les transmettait s'il le jugeait bon. Une fois qu'elle avait parlé ou donné un avertissement, elle ne cherchait plus à savoir si l'on avait suivi ses conseils.

L'Amma-Era dirigeait les cérémonies du culte pendant les périodes difficiles ou les moments de grande joie, mais seuls le roi et sa famille pouvaient y assister. Le peuple en était exclu pour la simple raison qu'il nous prenait, nous, Orokun et Ororun, pour des dieux, ce que nous croyions d'ailleurs nous-mêmes. Or, s'il avait vu l'Amma-Era implorer un dieu plus puissant et lui présenter les offrandes, que serait alors devenue la foi qu'il avait en nous ? Je comprends aujourd'hui combien tout cela était faux. Mais en ce temps-là, nous nous considérions comme très sages et inattaquables.

L'Atlantide était un pays tout vibrant de sons. Nous avions de merveilleux choeurs de prêtres, tels que le monde n'en a sans doute plus jamais entendus depuis lors. Chaque heure du jour avait ses propres sons empruntés à la mélodie des sphères. En ce temps-là, nous percevions plus de sons que vous ne le faites actuellement !

Notre ouïe fine et subtile pouvait capter les sons de l'univers, et notre voix était capable de rendre ces harmonies de façon pure et claire.

C'est ainsi que nos services divins se composaient avant tout de chants et de rondes exécutées par des prêtres pour accompagner ces chœurs. Vous, êtres humains d'aujourd'hui, vous ne pouvez plus vous représenter quelle force et quelle énergie mais aussi quelle grandeur résident dans ces rondes exécutées d'un pas solennel. Le cours des astres y était imité avec prédilection, dans toute la mesure où nos voyants nous en informaient.

Lorsque la Terre aura retrouvé son niveau de jadis, peut-être entendrez-vous, vous aussi, la mélodie de l'univers selon laquelle les astres décrivent leur orbite.

Il est merveilleux d'être uni à la nature. Nous l'appelions «Ur», c'est-à-dire ce qui a été créé il y a des temps immémoriaux, et nous sentions que nous ne faisions qu'un avec elle.

Nous racontions à nos enfants que le Ciel, le père, s'était uni à la Terre, la mère. Leurs enfants étaient les géants qui, sur l'ordre de leurs parents, avaient dû décorer la Terre et le Ciel. C'était pour cela qu'ils avaient reçu en partage leur force immense. La force est un don qui engage à servir Celui dont elle est issue. C'était ainsi que les rochers, les mers et les astres s'étaient formés.

Lorsque tout avait été terminé, le Ciel et la Terre avaient eu honte de leurs fils si rustres ; c'est pourquoi ils avaient donné naissance à une nouvelle génération, celle des Érariens, qui étaient dignes de régner sur tout ce qui avait été édifié.

Mais c'était simplement une légende pour les enfants. Nous avions un savoir supérieur. Nous ne connaissions aucun dieu, si ce n'est le Dieu le plus élevé dans Sa Trinité, qui s'était révélé à nous. Ce ne furent que les hommes venus après nous qui considérèrent les guides essentiels comme des dieux. Ce qu'ils vécurent grâce à eux a continué à vivre dans des chants et des légendes et s'est ainsi mêlé aux poèmes de l'Edda.

DIeu s'était révélé à nous à une époque où les Érariens ne vivaient que depuis peu sur la Terre. Un être lumineux s'approcha de l'un d'eux qui, comme mon père, se nommait Har, le sublime, et il lui parla en ces termes :

Là-haut dans les Hauteurs les plus lumineuses se trouve le Manoir royal où Dieu habite avec Ses deux Fils, le Lumineux et le Sérieux. Le Sérieux est appelé à être Roi sur la Terre lorsque sera venu le temps où les êtres humains seront jugés dignes d'avoir un Royaume divin. Son nom est Imanuel. Il habitera parmi les hommes et régnera lui-même sur eux. Quant au Lumineux, il règne sur les âmes défuntes qui sont parfaites et n'ont plus besoin de descendre sur la Terre.

Beaucoup plus tard, Imanuel regagnera lui aussi le Royaume de son Père. Tel est le Dieu tri-unitaire auquel nous adressions nos prières : Dieu le Père et les Fils de Dieu.

Lorsque nous voulions parler d'eux en runes, nous dessinions trois monticules, ce qui était censé signifier qu'ils étaient aussi loin au-dessus de nous que les montagnes et qu'ils pouvaient nous écraser comme elles, mais qu'ils nous accordaient aussi une protection illimitée. Lorsque nous priions ou que nous voulions parler d'eux, nous disions : «Celui qui est trois».

Nous savions que des messagers de Dieu descendaient sur Terre pour transmettre Ses ordres aux essentiels. Parfois, ils nous parlaient à nous aussi, mais de plus en plus rarement à mesure que nous devenions plus prétentieux.

Nous savions également que toute force et toute vérité avaient leur point de départ en Dieu, mais nous pensions avoir reçu avec le temps tellement de force que nous pouvions en transmettre une partie à notre tour. Insensés que nous étions ! Les flots de Dieu firent disparaître de la surface de la Terre, en une nuit et un jour, notre royaume immensément grand.

Tout ce qui appartenait au domaine matériel gît au fond des mers, dans la mesure où il ne lui avait pas déjà été donné de remonter à la lumière du soleil. Nos trésors se trouvent eux aussi au fond avec quantité d'objets que nous avions créés au cours des millénaires. Sur l'ordre de Dieu, les essentiels ont préservé bien des choses de l'anéantissement. Pourront-elles remonter un jour à la surface pour témoigner de nous ?

Nos corps terrestres périrent tous d'une mort atroce. Aucun Érarien n'échappa au grand déluge, comme ce fut le cas de certains êtres humains dans d'autres peuples. Nous fûmes tous emportés avec nos péchés. Mais, comme à d'autres germes d'esprit, il nous fut permis de revenir et de nous réincarner maintes et maintes fois, jusqu'à ce que nous ayions appris à reconnaître notre petitesse et notre manque de savoir.

Notre adoration s'adressait donc au début au Dieu invisible. Ce fut seulement sous mon règne, lorsque le peuple vit en mon frère et en moi des dieux, que les prières et les chœurs s'adressèrent à nous. Nous les acceptions «à la place de Dieu», mais ces notions s'effacèrent lentement dans nos âmes, et l'adoration et les offrandes qui nous étaient adressées finirent par nous paraître parfaitement naturelles.

Ces offrandes étaient belles. Nous brûlions la résine de nos forêts, qui répandait des parfums on ne peut plus agréables. Nous lâchions en même temps des oiseaux blancs semblables à vos colombes ; dans la fumée blanche, ils étaient du plus bel effet. On ne leur faisait aucun mal. Après la cérémonie, ils retournaient indemnes dans leurs grandes volières où ils étaient soignés affectueusement par les prêtres. Cependant, les devins lisaient toutes sortes de choses dans leur vol pendant le sacrifice. Chacun pouvait poser ses questions, et on lâchait des oiseaux pour chacun.

Nos cérémonies de culte avaient lieu en plein air. Des pierres gigantesques entouraient les lieux sacrés. Au centre se dressait une sorte d'autel en pierre. Les coupes destinées aux offrandes étaient posées sur cette pierre et sur toutes celles qui délimitaient ces lieux. Le plus souvent, il y en avait quarante-neuf ou un multiple de ce nombre.

Maintenant, je vais vous parler de notre vie :

Les maisons des gens du peuple étaient bien différentes de mon palais. Leur charpente de bois et de paille était remplie de terre glaise, ce qui la renforçait. On utilisait tantôt des poutres, tantôt des planches et des branches, mais rarement des pierres. La plupart du temps, ces constructions ne se composaient que d'une grande pièce circulaire. Quelques habitations construites en dernier comprenaient une deuxième pièce plus petite.

Au fond, la façon de construire était la même dans tout le royaume de l'Atlantide ; elle ne différait que par des questions de détails qui dépendaient de la température et du climat. Dans les régions tropicales, on se passait de terre glaise, et la paille entremêlée de sarments de vigne permettait d'avoir des maisons aérées à toit en surplomb. Dans le Grand Nord, on utilisait fréquemment de la neige et des blocs de glace comme matériaux de construction.

Ces simples bâtisses nous suffisaient ; elles n'étaient rien de plus que ce qu'elles devaient être : un refuge pour la nuit, un abri contre la pluie, le froid et les rayons du soleil. Nous n'avions pas l'habitude de nous enfermer dans nos maisons pendant des jours et des semaines. Presque tous nos travaux pouvaient être exécutés en plein air, ce qui nous gardait frais et dispos.

Les constructions étaient toujours édifiées par petits groupes. Dans chacun de ces groupes, la plus grande maison était la «maison principale», c'est-à-dire celle qu'un habitant de l'Atlantide se construisait ou se faisait construire aussitôt qu'il devenait indépendant et prenait femme. Il vivait avec elle dans cette maison jusqu'à ce qu'elle lui donnât des enfants.

Dès que le nombre des enfants commençait à devenir gênant, on attribuait à sa famille une maison à part. Il gardait pour lui la grande habitation. Selon les besoins, des bâtiments étaient construits tout autour pour les animaux et les outils de même que pour les esclaves et les domestiques. Lorsque les enfants grandissaient et encombraient par trop la maison de leur mère, on leur donnait à eux aussi une maison. Plusieurs garçons ou filles devaient toujours habiter ensemble, les sexes étant séparés.

Nous avions domestiqué des animaux qui trouvaient abri dans des maisons semblables à nos demeures. Il s'agissait d'élans et de bisons dont le lait nous donnait des forces, de chiens qui accompagnaient nos hommes à la chasse et de robustes animaux de trait qui n'existent plus aujourd'hui.

Nous rangions nos outils dans des locaux séparés. Ils n'avaient pas leur place dans les maisons où nous logions et dormions. Notre vaisselle et nos marmites étaient la plupart du temps en cuivre, et plus rarement en ardoise. De plus, nous possédions des outils de travail, des armes et des instruments de musique.

Le peuple était obligé de travailler pour nous, sans exiger d'autre salaire que ce que nous lui donnions de notre plein gré : une demeure, l'assurance d'une vie tranquille sous notre protection, la garantie d'avoir des vivres et des vêtements en quantité suffisante. Alors que les travaux les plus pénibles étaient réservés aux Risuners, les gens du peuple devaient s'occuper d'agriculture et d'élevage, et fournir les artisans chargés de pourvoir à tous nos besoins.

Quant à nous, les maîtres, nous n'étions pas oisifs non plus. Le manque d'activité était considéré comme une malédiction. Toutefois, nous travaillions volontiers, et cela nous apportait de la joie. Nous partions à la chasse et à l'aventure, nous explorions le monde.

Nous avions déjà trouvé, d'une façon ou d'une autre, bien des choses que vous considérez aujourd'hui comme de grandes découvertes. Nous nous servions des rayons du soleil pour allumer le feu, pour emmagasiner la chaleur et pour guérir certaines blessures graves. L'eau actionnait nos moulins qui broyaient le blé et diverses plantes, mais qui tissaient aussi des fils et fabriquaient des cordes avec des fibres végétales. Lorsque nous avions fait une découverte de ce genre, nous commencions par la tester nous-mêmes, puis nous l'enseignions aux gens du peuple, et l'affaire était réglée pour nous. Nous nous tournions alors vers autre chose.

Nous avions constaté très tôt que les plantes et les minéraux renfermaient des colorants avec lesquels nous pouvions teindre nos vêtements et différents objets d'usage quotidien. Nous aimions imiter les couleurs de la nature qui avaient pour nous exactement la même signification sacrée que les sons.

Par exemple, le bleu signifiait le Ciel, la Force divine et la Vérité ; c'est pourquoi le manteau le l'Amma-Era était bleu, d'un bleu profond. Toutefois, les vêtements des Armans - les rois-prêtres ou prêtres-rois - étaient d'un bleu mêlé de rouge, ce qui leur donnait la couleur de l'améthyste qu'ils portaient sur le front et sur leur vêtement, en signe de leur dignité.

Cette couleur signifiait : le bleu de la Vérité divine est trop fort pour les âmes humaines, c'est pourquoi le rouge de l'Amour divin doit lui être ajouté afin de donner un mélange que l'âme humaine soit capable de supporter. Quiconque transmet aux hommes la Vérité divine sous une forme quelconque qui puisse redonner vie à cette Vérité porte la couleur que vous appelez «mauve».

Le vert était considéré comme la couleur de l'aide issue de la Vérité divine sous toutes ses formes. Les arbres, les plantes étaient verts, la mer également, lorsqu'elle était calme. Tous ceux qui avaient pour mission d'aider sur Terre étaient habillés de vert : ceux qui étaient chargés de l'ordre et de la sécurité, ceux qui soignaient les blessés et les vieillards, de même que ceux qui guidaient les mineurs.

Le jaune était la lumière du ciel, la connaissance. C'était par conséquent la couleur des rois lorsqu'ils n'officiaient pas en tant que prêtres. Pouvaient porter le jaune tous ceux qui savaient écrire, et lire ce qui était écrit.

Tous les autres s'habillaient de brun de différentes nuances, mais ils utilisaient d'autres couleurs, y compris celles qui viennent d'être citées, pour garnir leurs vêtements. Étant la couleur de notre mère la Terre, le brun était aussi celle qui convenait à ses fils.

Les femmes s'habillaient le plus souvent de blanc qu'elles enjolivaient de couleurs tissées directement dans l'étoffe. Certaines d'entre-elles étaient très douées pour orner les vêtements. Les formes de la nature environnante leur servaient de modèles. On trouvait au bord de la mer des coquillages que l'on utilisait pour garnir les vêtements ou que l'on portait en colliers.

A l'intérieur du pays, en plus des fils de couleurs, on se servait de plumes d'oiseaux pour embellir les vêtements, ainsi que de pierres et de dents d'animaux pour faire des colliers. Mais nous, surtout les hommes, nous aimions aussi porter des bijoux, en particulier des anneaux et des sortes d'écussons en or, en argent, en bronze et en cuivre, richement garnis de pierres précieuses.

Le roi portait le plus souvent un large anneau frontal en or. Il en possédait plusieurs, puisque la couleur des pierres précieuses devait changer selon l'heure du jour et le genre d'occupation du moment.

L'art de lire et d'écrire était réservé aux plus nobles d'entre nous. Notre écriture se composait de runes taillées dans le bois ou gravées dans la pierre. Dans les derniers temps de notre royaume, de nobles femmes en tissèrent aussi sur les vêtements des prêtres ou sur les nappes destinées à recouvrir l'autel.

Ces runes n'étaient pas des lettres individuelles, mais le plus souvent des mots complets que l'on interprétait différemment selon la façon dont ils étaient assemblés. C'est ainsi qu'une même rune, par exemple celle qui signifiait la mère, était en même temps la rune de la Terre et celle des sentiments de la mère envers ses enfants, et ainsi de suite.

Nos runes avaient soit une bonne soit une mauvaise signification, et ceux qui savaient lire les retrouvaient dans la nature, dans l'écorce des arbres et dans les veines des pierres. Au début, cela nous lia encore davantage à la nature, mais plus tard - comme toujours lorsque l'intellect humain s'empare de ces choses - cela contribua largement à notre perte. En effet, vers la fin, il y eut parmi nous des gens qui cherchèrent à reconnaître dans les runes formées par la nature ce que leur dictait leur intellect. Ils furent ainsi à l'origine de leur propre destruction, et ils en entraînèrent d'autres, qui durent subir les conséquences néfastes de leurs interprétations erronées.

Les artisans étaient essentiellement les hommes sachant travailler les minerais que l'on extrayait avec l'aide des géants ; depuis longtemps, les hommes avaient appris d'eux la fonte et le moulage. Nous savions confectionner des récipients de toutes sortes et nous étions capables de faire des alliages de métaux pour que certains soient plus résistants ou plus malléables, selon l'usage auquel ils étaient destinés.

Nos armes étaient des glaives, des lances et des couteaux courts. Il y avait longtemps que les pointes des flèches n'étaient plus en silex, comme chez nos ancêtres ; elles étaient en métal très léger, clair et brillant. Nos outils se composaient de couperets, de haches, de scies et de vrilles qui servaient à percer très rapidement des trous.

Nous disposions également de hameçons et de pièges en métal que nous avions uniquement le droit d'utiliser pour les bêtes de proie. Les animaux dont nous avions besoin pour nous nourrir étaient tués immédiatement ; nous ne les torturions pas d'abord : ils n'avaient pas à attendre leur délivrance, pris dans un piège ou accrochés à un hameçon.

Nos hommes savaient fabriquer de merveilleux boucliers que nous portions attachés au corps et d'autres que nous tenions devant nous pour nous protéger. Ils les martelaient pour les orner, ou bien ils y gravaient des runes et des dessins. D'autres boucliers étaient recouverts de peau de dragons, ce qui les rendait impénétrables, mais un noble Érarien aurait jugé méprisable de se cacher derrière semblable bouclier lors des combats entre hommes.

Certains, aux mains encore plus adroites et plus délicates, façonnaient des parures pour le corps et pour les vêtements. Nous ne décorions pas nos demeures.

D'autres travaillaient les peaux pour en faire des vêtements ou des couvertures bien chaudes. Les peaux d'ours et de loups servaient également de couches. Ces hommes savaient rendre imperméable la peau de l'aurochs ou du bison que l'on utilisait pour confectionner non seulement des chaussures mais aussi des sangles, des courroies et autres choses de ce genre.

D'autres encore construisaient des moulins d'après nos indications. Ces moulins remplissaient diverses fonctions. Nous disposions de grandes roues pour aiguiser les couteaux et les armes, et d'autres pour polir les métaux. Il existait même des installations pour tailler et polir les pierres, et des fours dans lesquels, en mélangeant entre autres du sable, de l'eau et de la chaux, nous fabriquions des briques. En ajoutant des couleurs, nous pouvions aussi faire des pierres colorées.

Chaque rempart de mon palais était d'une couleur différente : sept remparts, sept couleurs. Si les pierres avaient simplement été peintes, l'eau aurait bien vite fait disparaître les couleurs, mais elles étaient teintées dans la masse. En somme, nous savions bien des choses dont vous vous glorifiez.