=o=o=o=o=o=o=o=o=o=o=o=o=o=o=o=o=o=o=o=o=o=o=o=o=o=o=o=o=

Dans les forêts d'Afrique

Des silhouettes brunes se glissaient autour du feu dont les flammes rougeâtres n'éclairaient qu'une petite partie de la vallée. Il flambait au-dessus d'un rempart de plantes épineuses dont les fleurs allaient s'ouvrir pour la nuit et répandaient un doux parfum. Attirés par ce parfum, de grands papillons multicolores voltigeaient autour des fleurs en un léger bruissement.

Mais les gens qui se pressaient autour du feu pour obtenir une bonne place ne voyaient ni ne ressentaient cette beauté. Même en d'autres circonstances, ils ne l'auraient d'ailleurs pas remarquée. Il fallait des choses plus frappantes et plus tangibles pour attirer leur attention. Une certaine inquiétude paraissait maintenant se manifester dans leur comportement. Accroupis sur le sol, ils formaient une épaisse couronne si bien que leurs corps bruns et à moitié vêtus se touchaient sans qu'ils le remarquent. Ils en avaient l'habitude.

Leurs yeux étaient fixés avec avidité sur une grosse pièce de viande qu'on était en train de faire rôtir lentement au-dessus du feu. Des gouttes de jus tombaient dans les flammes et répandaient une acre odeur de brûlé qui dominait les parfums alentour. Les gouttes cessèrent de tomber et une croûte brune se forma à la surface du rôti. Ils en avaient l'eau à la bouche et, de leurs langues roses, ils se mirent à se lécher bruyamment les lèvres.

Un peu en retrait, deux femmes remplissaient de lait de chèvre de nombreuses petites coupes d'argile dont aucune ne ressemblait à l'autre. Ces objets sortaient des mains des femmes de la tribu. Chacune d'entre elles avait une manière différente de décorer ses poteries. Elles étaient fières d'inventer toujours du nouveau. Les deux femmes venaient de terminer le travail qu'elles avaient accompli silencieusement, avec des mouvements nonchalants.

En même temps, les bruits de lèvres s'amplifiaient, le repas était prêt. Deux hommes se levèrent à l'appel strident de la femme qui surveillait le rôti. Avec de petits tambours d'os, ils faisaient en cadence un bruit assourdissant ; après un temps apparemment bien déterminé, ce bruit s'arrêta tout aussi brusquement qu'il avait commencé. Maintenant ils prêtaient l'oreille. Un cri de hibou se fit entendre dans le voisinage.

Ils regagnèrent alors leur place, visiblement satisfaits, et attendirent avec les autres. Mais leur patience fut mise à rude épreuve. Il s'écoula encore beaucoup de temps. Enfin, on vit s'approcher une lumière. Quelques instants plus tard, on put distinguer des personnes qui s'acheminaient vers le feu. Sous la conduite de deux noirs presque dévêtus, portant à la main des torches de bois enflammées pour éclairer avec soin le chemin, cinq silhouettes féminines s'avançaient.