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Marie

La pâle lueur de l'aube perce les ombres de la nuit; le ciel rougit lentement du côté de l'Orient. Peu à peu les ruelles de Nazareth s'animent. Des femmes, portant des cruches de pierre sur l'épaule, franchissent les portes de la ville. Des bergers, encore à moitié assoupis, se hâtent derrière leurs troupeaux de moutons. Des marchands qui ont passé la nuit sous leur tente devant les portes de la ville, se préparent à pénétrer dans la cité. Le tumulte se réveille à mesure que le jour s'éclaircit; les activités journalières reprennent.

Parmi tous ces hommes, il n'en est pas un qui trouve une seule minute de répit pour s'apercevoir que le ciel matinal, paré de couleurs chatoyantes toujours plus merveilleuses, allant du rouge rosé le plus délicat au violet le plus soutenu, offre un spectacle féérique. Même les femmes qui se dirigent ensemble vers la fontaine et dont le babillage et les rires se font plus animés et plus enjoués, ne se laissent pas impressionner par le somptueux déploiement de couleurs de la nature.

Les conversations de tous les jours, les soucis quotidiens, voilà ce qui préoccupe ces gens! Est-ce que ce sont aussi des pensées ordinaires qui empêchent cette jeune fille élancée, aux membres graciles, de se mêler à la conversation des voisines et des amies qui, chaque matin, empruntent le même chemin pour se rendre à la fontaine?

Perdue dans ses pensées, elle s'avance, la tête légèrement inclinée. Marie aime cette atmosphère matinale. Elle préférerait cheminer seule, s'abandonner librement aux élans de son âme qui la comblent presque de félicité. Mais voilà, il y a un obstacle: un danger continuel rôde autour d'elle. Marie craint les commérages, les railleries de ses amies qui se moquent souvent de sa retenue.