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Nahomé

Un événement grandiose s'approcha du globe terrestre et descendit sur l'Égypte, bénissant le paisible bois sacré d'Isis. Les eaux mugissantes du Nil baignaient les somptueux jardins en pleine floraison. La lumière dorée du soleil filtrait à travers les branches.

Les ibis s'envolaient par bandes et se rassemblaient près des nids dans les roseaux, comme s'ils voulaient être présents à l'heure du grand événement. Les acacias couverts de fleurs frémissaient. Pareils à de hautes colonnes, ils dominaient le sanctuaire d'Isis dont la couleur jaune pâle chatoyait.

Une barque princière se balançait près de l'escalier de pierre qui conduisait aux terrasses du temple. Les salles spacieuses paraissaient sombres, et leur fraîcheur se faisait sentir jusqu'en bas, dans l'air chaud baigné de soleil, au bord du fleuve.

Des servantes nubiennes étaient assises dans la barque, plongées dans cette calme et impassible rêverie qui caractérise tout particulièrement les femmes des pays chauds. Elles ont toujours le temps, car elles n'ont pas grand-chose à faire. La nature généreuse les nourrit et prend soin d'elles, si bien qu'elles risquent constamment de s'endormir aussi spirituellement. C'est ainsi que ce jour-là, elles avaient à nouveau oublié qu'elles devaient veiller devant le temple. Elles pensaient aux plaisirs terrestres, qui seuls parvenaient encore à mettre leur sang en mouvement, aux parures et aux colifichets, à la victoire de leur beauté sur le coeur d'un homme quelconque. Pas la moindre étincelle de vie spirituelle ne se manifestait en elles.

Lorsque, depuis les colonnes du temple, un jeune prêtre vêtu de blanc leur fit signe de partir, elles plongèrent les rames dorées dans les flots du Nil et se dirigèrent vers l'amont.